Génocide au Rwanda
Le génocide au Rwanda fut le génocide le plus rapide de l'histoire. De 500 000 à 800 000 Rwandais, en majorité tutsis, ont été tués pendant cent jours, du 7 avril au 4 juillet 1994. Ceux qui parmi les Hutus se sont montrés solidaires des Tutsis ont été tués comme traîtres à la cause Hutu.
Présentation générale
Les causes lointaines
Les origines
Paul Rusesabagina, directeur de l'Hôtel des Mille Collines (et personnage principal du film Hôtel Rwanda retraçant son action), est l'homme qui mena un combat extraordinaire pour sauver les 1 200 réfugiés qu'il avait accueillis dans son établissement à Kigali pendant le génocide. Il livre ici son point de vue sur l'origine du génocide :
« Avant le génocide, vivre entre Hutu et Tutsi était tout à fait possible. Je suis né dans une famille mixte. Des membres de ma famille étaient hutus, d'autres tutsi. Nous parlons tous la même langue... Ce sont surtout les colons qui ont tenté de nous diviser pour mieux régner. Les Allemands ont fait des Tutsi les dirigeants du Rwanda, suscitant la colère des Hutu. Puis les Belges sont arrivés et ont créé des cartes d'identité avec mention “Hutu” ou “Tutsi”. À l'indépendance, dans les années 60, les Hutu ont pris le pouvoir et les Tutsi se sont enfuis à l'étranger, et dans les années 90 ils ont monté une rébellion pour revenir. »
Les articles de la série génocide au Rwanda permettent de mieux cerner l'autorité initiale de la monarchie Tutsi qui régnait sur le pays au moment de l'arrivée des colonisateurs allemands, puis la façon dont leurs successeurs belges ont figé la structure de la société rwandaise en l'organisant sur des rapports hiérarchiques raciaux (Tutsi « supérieurs » contre Hutus « destinés à servir »). Au moment de l'indépendance, un renversement d'alliance s'opère contre les Tutsi entre les colonisateurs et les Hutu. Ce contexte explique l'animosité entre Hutu et Tutsi (l'existence même de ces deux éthnies est dénoncée par certains éthnologues comme une construction historique), l'exil d'une partie des Tutsi pour l'Ouganda et le Burundi et leur désir de retour.
La préparation
Une série de massacres dirigés contre les Tutsi s'était déjà déroulée depuis 1959. En 1994, une campagne médiatique échauffait les esprits contre les Tutsi depuis plusieurs mois. Les « médias du génocide » tenus par les Hutu extrémistes furent un élément essentiel de la préparation et la mise en oeuvre du génocide, comme l'ont établi plusieurs enquêtes internationales et les missions parlementaires belges [2] et françaises [3], corroboré par de nombreux témoignages. On notera que les Hutu accusèrent la radio Muhabura du FPR d'avoir tenu le même discours de haine, « même si celui-ci n'a jamais eu la même consonance ethnique que le langage tenu par Radio des Mille Collines », comme l'a noté le rapport du Sénat belge.
Les premiers jours
Voir l'article Génocide au Rwanda : les événements initiaux.
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Le 6 avril 1994, le deuxième président du Rwanda Juvénal Habyarimana, un Hutu élu après avoir pris le pouvoir par un coup d'État en 1973, est assassiné. Alors qu'il s'apprêtait à atterrir à Kigali, son avion est la cible de deux missiles et s'écrase. Plusieurs enquêtes ont essayé de déterminer après les événements l'instigateur de cet attentat (les responsabilités sont étudiées dans le chapitre Les événements initiaux). Aucune des hypothèses émises n'a pu être encore définitivement confirmée. Dans un premier temps, les Hutu extrémistes ont été soupçonnés. Ils auraient eu besoin de la disparition du Président Habyarimana pour avoir les mains libres et lancer le génocide. Mais à la suite du témoignage d'un ex-lieutenant du FPR, Ruzibiza, réfugié en France, le général Paul Kagame (chef du FPR) a été mis en cause par le juge français antiterroriste Jean-Louis Bruguière. Le rapport de ce dernier tarde cependant à être publié et contiendrait d'autres éléments, selon l'avocat de la veuve de l'un des pilotes français mort dans cet attentat. L'avion transportait aussi le président burundais Cyprien Ntaryamira, qui périt avec Juvénal Habyarimana.
Pendant la nuit du 6 avril, l'attentat fut le signal du déclenchement du génocide planifié par les Hutu extrémistes. Sur les ondes de la Radio des Mille Collines, radio de propagande Hutu, le signal du début du génocide fut dit-on la phrase "Abattez les grands arbres".
Immédiatement, la France et la Belgique évacuèrent leurs ressortissants et ceux des autres pays occidentaux. Le 7 avril 1994, 10 Para-Commando's belges, du 2e bataillon commando, ont étés assassiné par des militaires des FAR. Les corps n'ont été retrouvés que le lendemain. Ils avaient pour mission de protéger la première ministre Agathe Uwilingiyimana.
Un gouvernement intérimaire fut constitué en quelques jours sous la houlette du colonel Bagosora qui se révèla rapidement être l'homme fort du régime après la disparition du Président Juvénal Habyarimana. Le gouvernement intérimaire s'engage sur deux fronts : d'une part les FAR (Forces armées rwandaises, c'est à dire l'armée régulière rwandaise) combattent le FPR (Front patriotique rwandais, composé de Tutsi exilés combattant le régime à partir de l'Ouganda depuis 1990), et d'autre part les milices Interahamwe créées par le Président Habyarimana qui exécutent ce qu'elles appellent « le travail », parfois assistées par les FAR. Le « travail » consiste pour la population hutue (90 % de la population) à massacrer à travers tout le pays les Tutsi, ainsi que certains Hutu modérés réputés hostiles à ce projet et considérés comme des « traîtres ». La population utilise essentiellement des machettes, des houes et des gourdins cloutés.
Cent jours d'extermination
Victimes du génocide au Rwanda
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Victimes du génocide au Rwanda
Pendant trois mois, la Radio Télévision des Mille Collines encourage et guide jour après jour, heure par heure le génocide, citant nommément les Tutsi non encore tués à tel ou tel endroit. Les massacres atteindront des sommets dans l'horreur. L'ampleur du massacre (en trois mois, 1 million de personnes sont tuées selon le FPR, 500 à 800 000 selon l'ONU), sa cruauté (on éventre les femmes enceintes, la violence sexuelle est générale, des tueries ont lieu au sein de familles mixtes, on s'efforce de faire souffrir les victimes...) et l'implication générale de la population en font un des événements les plus atroces du XXe siècle. Les Tutsi ne pourront trouver refuge nulle part. Les églises par exemple ne seront d'aucune protection et seront au contraire le théâtre de massacres de masse quand les Tutsi s'y sont réfugiés. Le génocide constitue en outre un désastre économique avec les destructions de biens (notamment les troupeaux) et les pillages.
Dès la première semaine du génocide, partant du nord du Rwanda, une zone limitrophe de l'Ouganda qu'ils ont conquise de 1990 à 1993 contre les FAR, les rebelles du FPR de Paul Kagame, formés majoritairement d'exilés Tutsi mais aussi de Hutu de l'opposition, occupent leur pays d'origine pour prendre le pouvoir. Cette progression s'accompagne d'exactions faisant de nombreuses victimes, hutues mais aussi tutsies. De 1990 à 1993 les FAR avaient été formées et réorganisées par l'armée française, précisément pour contrer les attaques du FPR, attaques qui étaient systématiquement accompagnées de massacres. De leur côté les responsables du FPR se sont appuyés sur l'armée ougandaise, dont certains étaient officiers depuis que le Président Yoweri Museveni avait conquis le pouvoir en Ouganda.
Pendant toute la période du génocide, la Mission des Nations unies pour l'assistance au Rwanda (MINUAR) tente d'obtenir un cessez-le-feu entre le FPR et les FAR et un arrêt des massacres. Quinze jours après le début du génocide, l'ONU, très inquiète du fait de l'assassinat de dix casques bleus belges, réduit fortement les effectifs de la MINUAR. Sous l'influence déterminante des États-Unis qui ne veulent absolument pas être interpellés par l'opinion internationale et devoir intervenir (le fiasco somalien est encore récent), l'ONU tarde à qualifier de « génocide » les massacres. Mais à partir de mai 1994, devant la gravité de la situation, elle met sur pied la MINUAR 2 qui se révèle dans l'impossibilité d'intervenir immédiatement. Devant ce retard, la France obtient des Nations unies d'organiser le 22 juin 1994 l'opération Turquoise, jusqu'au 22 août 1994, date prévue de déploiement de la MINUAR 2. Elle obtient ensuite de créer, dans le sud-ouest du Rwanda, une « zone humanitaire sûre » (ZHS), le 4 juillet 1994, après quelques accrochages avec le FPR.
Malgré la progression rapide du FPR vers la capitale Kigali, qui est prise le 4 juillet 1994, le génocide coûtera la vie à près d'un million de Tutsi et Hutu modérés. Les miliciens Hutu et les FAR battent en retraite au Zaïre (actuelle République démocratique du Congo), entraînant avec eux environ deux millions de réfugiés Hutu qui redoutent les représailles du FPR. Le 19 juillet 1994, un gouvernement fondé sur les derniers accords d'Arusha, mais dominé par le FPR, prend les rênes du Rwanda. Le président de la République et le Premier ministre sont des Hutu modérés. Celui qui a conduit le FPR à la victoire, le général-major Paul Kagame, vice-président et ministre de la défense, devient l'homme fort du Rwanda.
Les conséquences du génocide
Voir l'article Génocide au Rwanda : les conséquences du génocide.
À partir de la deuxième quinzaine de juillet 1994, une épidémie de choléra éclate dans les camps de réfugiés hutu au Zaïre. Cet épisode, qui a été fortement médiatisé, a souvent été confondu avec le génocide et l'a même en grande partie occulté. Il a occupé une grande part de l'énergie des soldats de l'opération Turquoise.
Au fur et à mesure de son entrée au Rwanda, le FPR s'est livré à une série de massacres dont l'existence n'est plus niée, mais dont le bilan reste à définir. Selon Faustin Twagiramungu, Premier ministre de Paul Kagame entre juillet 1994 et août 1995, « d'avril à juillet 1994, il y avait eu une sorte de compétition dans l'extermination des populations, entre les soldats du FPR et les Interahamwe, dans les régions sous leur contrôle » et il chiffre à 250 000 le nombre de victimes du FPR d'avril 1994 à août 1995[1].
La majorité des réfugiés Hutu sont rentrés par vagues successives au Rwanda au cours des années suivantes. Une partie des FAR rentrée au Rwanda a été réintégrée dans l'APR (Armée patriotique rwandaise), les nouvelles forces gouvernementale rwandaises. En 1996-1997 de nombreux réfugiés Hutu, poursuivis dans les forêts, ont été massacrés (y compris les femmes et les enfants) par les forces alliées (armées du Rwanda, l'APR, et de l'Ouganda, et rebelles zaïrois). Les africanistes Rony Brauman, Stephen Smith et Claudine Vidal estiment qu'il y eut au moins 200 000 victimes, massacrés ou victimes de la famine et de l'absence de soin provoquées par leur traque[2]. Faustin Twagiramungu, dans son intervention déjà citée, parle lui de 200 000 personnes massacrées, compte non tenu, donc, de celles acculées à la famine ou privées de soins.
Cette coalition a renversé le président du Zaïre Mobutu Sese Seko et porté Laurent Désiré Kabila à la tête de la nouvelle République démocratique du Congo en 1997.
Dix ans après le génocide, les affrontements entre les forces génocidaires et le FPR au Zaïre constitue encore un des facteurs clé de l'instabilité de la République démocratique du Congo. Selon les gouvernements du Rwanda et du Burundi, les extrémistes hutus sont une menace permanente. Cette situation justifie aux yeux du Rwanda des interventions déstabilisatrices et souvent meurtrières vivement dénoncées par la RDC. Ces interventions s'inscrivent dans la première guerre du Congo et la deuxième guerre du Congo dans laquelle une dizaine de pays africains se sont impliqués et qui ont coûté la vie d'au moins 3 à 4 millions de Congolais. Le FPR est accusé par les opposants et dissidents rwandais, par le groupe d'expert de l'ONU chargé d'étudier cette question [3], des universitaires, l'ancien ministre congolais Honoré Ngbanda Nzambo [4] et Pierre Péan d'utiliser la présence d'anciens génocidaires en RDC comme simple prétexte au pillage de cette région.
Les FDLR, qui regroupent une partie des forces dites génocidaires, ont accepté d'être désarmées début avril 2005 et de rentrer au Rwanda. Si ce désarmement se confirme le Rwanda n'aura plus de raisons d'intervenir en RDC.
Les juridictions internationale et nationales face au génocide
Le Tribunal pénal international pour le Rwanda
Voir l'article Tribunal pénal international pour le Rwanda.
Le 8 novembre 1994, la résolution 955 du Conseil de sécurité de l'ONU crée le Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR) pour juger les principaux responsables du génocide.
La Cour pénale internationale est compétente pour tous les crimes commis après sa création le 1er juillet 2002. Elle n'est donc pas compétente pour juger des crimes commis au Rwanda pendant le génocide.
Les juridictions gaçaça
Le 15 janvier 2005, huit mille nouvelles juridictions gaçaça (tribunaux populaires chargés de juger les auteurs présumés du génocide rwandais de 1994 — prononcer « gatchatcha ») ont entamé la phase administrative de leur travail. Elles viennent se rajouter aux sept cent cinquante gaçaça pilotes mises en place depuis 2001 dans certaines régions du pays. Les gaçaça sont inspirées des anciennes assemblées villageoises. Elles ont été créés pour juger tous les présumés auteurs du génocide à l'exception des planificateurs et des personnes accusées de viols qui sont jugés par les tribunaux conventionnels ou par une juridiction de l'ONU. Plusieurs millions de personnes, les simples exécutants, sont donc concernés par cette juridiction. Le jeudi 10 mars, les premiers procès ont eu lieu à travers tout le pays. Malgré l'environnement social défavorable aux rescapés du génocide, qui demeurent très minoritaires au sein de la population, les gaçaça sont craints par les anciens Interahamwe. Environ 6 000 personnes ont tenté d'échapper à la justice en fuyant vers le Burundi, et ont été rapatriées de force en juin 2005 par les autorités rwandaises et burundaises.
Les tribunaux nationaux
La « compétence universelle » de certains tribunaux nationaux leur permet d'accepter les poursuites contre certains responsables du génocide. Un jugement a eu lieu en Suisse, un autre en Belgique, un jugement est en cours en France contre un prêtre rwandais, et des plaintes ont été déposées en février 2005 pour « complicité de génocide ou crime contre l'humanité » devant le tribunal militaire français, contre des militaires français à identifier et éventuellement leurs responsables militaires et civils. La justice belge a prononcé quatre condamnations[5].
Questions en suspens
L'histoire du génocide rwandais n'est pas close et de nombreuses questions restent en suspens :
* Qui sont les instigateurs de l'assassinat de Juvénal Habyarimana ?
* Quel rôle ont joué avant le génocide d'une part la France dans le soutien politique et militaire du régime d'Habyarimana et d'autre part les États-Unis dans le soutien, via l'Ouganda, de la rebellion FPR?
* Quel rôle a joué exactement l'opération Turquoise ?
* Dans quelles mesures le FPR connaissaît-il la situation et en a-t-il profité pour mener sa conquête du pouvoir ?
* Quel rôle ont joué les massacres, perpétrés dès 1990, par les troupes du FPR — contre des Hutus et même, d'après des témoignages de repentis, contre des Tutsis — dans le déclenchement du génocide ?
* Et bien sûr, comment remédier à l'impuissance de la communauté internationale face à une telle situation ?
Voir aussi
GÉNOCIDE AU RWANDA
Rwanda
Histoire du Rwanda
Populations des Grands Lacs
Ethnisme au Rwanda
Introduction
Événements initiaux
Causes du génocide
Acteurs rwandais
Communauté internationale
Institutions religieuses
Particularités du génocide
Conséquences du génocide
Justice internationale (TPIR)
Médias
Glossaire et compléments
Bibliographie
* Les accords d'Arusha pour le Rwanda
* Tribunal pénal international pour le Rwanda
* Manifeste des bahutu
* Génocide
* Hutu
* Tutsi
* Twa
* Burundi
Références
1. ↑ [1]
2. ↑ Rony Brauman, Stephen Smith et Claudine Vidal, « Politique de terreur et privilège d'impunité au Rwanda », Esprit, août 2000, p. 148
3. ↑ Rapport final du groupe d'experts sur l'exploitation illégale des ressources naturelles et autres formes de richesses de la République démocratique du Congo, document S/2002/1146, New York, 16 octobre 2002, p. 15
4. ↑ Crimes organisés en Afrique centrale. Révélations sur les réseaux rwandais et occidentaux, éd. Duboiris, 2005
5. ↑ http://www.destexhe.be/Jn_proces_justice.htm
Liens externes
* Rapport d'information de l'Assemblée nationale française sur le génocide Rwandais (dit « rapport Quilès »)
* Dossier sur le génocide de Rwanda.net
* Leave None to Tell the Story: Genocide in Rwanda (version originale en anglais du rapport d'HRW Aucun témoin ne doit survivre)
* Carte des camps de réfugiés en République démocratique du Congo (1996)
* Dossiers « Génocide rwandais » de Afrik.com
Le génocide au Rwanda fut le génocide le plus rapide de l'histoire. De 500 000 à 800 000 Rwandais, en majorité tutsis, ont été tués pendant cent jours, du 7 avril au 4 juillet 1994. Ceux qui parmi les Hutus se sont montrés solidaires des Tutsis ont été tués comme traîtres à la cause Hutu.
Présentation générale
Les causes lointaines
Les origines
Paul Rusesabagina, directeur de l'Hôtel des Mille Collines (et personnage principal du film Hôtel Rwanda retraçant son action), est l'homme qui mena un combat extraordinaire pour sauver les 1 200 réfugiés qu'il avait accueillis dans son établissement à Kigali pendant le génocide. Il livre ici son point de vue sur l'origine du génocide :
« Avant le génocide, vivre entre Hutu et Tutsi était tout à fait possible. Je suis né dans une famille mixte. Des membres de ma famille étaient hutus, d'autres tutsi. Nous parlons tous la même langue... Ce sont surtout les colons qui ont tenté de nous diviser pour mieux régner. Les Allemands ont fait des Tutsi les dirigeants du Rwanda, suscitant la colère des Hutu. Puis les Belges sont arrivés et ont créé des cartes d'identité avec mention “Hutu” ou “Tutsi”. À l'indépendance, dans les années 60, les Hutu ont pris le pouvoir et les Tutsi se sont enfuis à l'étranger, et dans les années 90 ils ont monté une rébellion pour revenir. »
Les articles de la série génocide au Rwanda permettent de mieux cerner l'autorité initiale de la monarchie Tutsi qui régnait sur le pays au moment de l'arrivée des colonisateurs allemands, puis la façon dont leurs successeurs belges ont figé la structure de la société rwandaise en l'organisant sur des rapports hiérarchiques raciaux (Tutsi « supérieurs » contre Hutus « destinés à servir »). Au moment de l'indépendance, un renversement d'alliance s'opère contre les Tutsi entre les colonisateurs et les Hutu. Ce contexte explique l'animosité entre Hutu et Tutsi (l'existence même de ces deux éthnies est dénoncée par certains éthnologues comme une construction historique), l'exil d'une partie des Tutsi pour l'Ouganda et le Burundi et leur désir de retour.
La préparation
Une série de massacres dirigés contre les Tutsi s'était déjà déroulée depuis 1959. En 1994, une campagne médiatique échauffait les esprits contre les Tutsi depuis plusieurs mois. Les « médias du génocide » tenus par les Hutu extrémistes furent un élément essentiel de la préparation et la mise en oeuvre du génocide, comme l'ont établi plusieurs enquêtes internationales et les missions parlementaires belges [2] et françaises [3], corroboré par de nombreux témoignages. On notera que les Hutu accusèrent la radio Muhabura du FPR d'avoir tenu le même discours de haine, « même si celui-ci n'a jamais eu la même consonance ethnique que le langage tenu par Radio des Mille Collines », comme l'a noté le rapport du Sénat belge.
Les premiers jours
Voir l'article Génocide au Rwanda : les événements initiaux.
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Le 6 avril 1994, le deuxième président du Rwanda Juvénal Habyarimana, un Hutu élu après avoir pris le pouvoir par un coup d'État en 1973, est assassiné. Alors qu'il s'apprêtait à atterrir à Kigali, son avion est la cible de deux missiles et s'écrase. Plusieurs enquêtes ont essayé de déterminer après les événements l'instigateur de cet attentat (les responsabilités sont étudiées dans le chapitre Les événements initiaux). Aucune des hypothèses émises n'a pu être encore définitivement confirmée. Dans un premier temps, les Hutu extrémistes ont été soupçonnés. Ils auraient eu besoin de la disparition du Président Habyarimana pour avoir les mains libres et lancer le génocide. Mais à la suite du témoignage d'un ex-lieutenant du FPR, Ruzibiza, réfugié en France, le général Paul Kagame (chef du FPR) a été mis en cause par le juge français antiterroriste Jean-Louis Bruguière. Le rapport de ce dernier tarde cependant à être publié et contiendrait d'autres éléments, selon l'avocat de la veuve de l'un des pilotes français mort dans cet attentat. L'avion transportait aussi le président burundais Cyprien Ntaryamira, qui périt avec Juvénal Habyarimana.
Pendant la nuit du 6 avril, l'attentat fut le signal du déclenchement du génocide planifié par les Hutu extrémistes. Sur les ondes de la Radio des Mille Collines, radio de propagande Hutu, le signal du début du génocide fut dit-on la phrase "Abattez les grands arbres".
Immédiatement, la France et la Belgique évacuèrent leurs ressortissants et ceux des autres pays occidentaux. Le 7 avril 1994, 10 Para-Commando's belges, du 2e bataillon commando, ont étés assassiné par des militaires des FAR. Les corps n'ont été retrouvés que le lendemain. Ils avaient pour mission de protéger la première ministre Agathe Uwilingiyimana.
Un gouvernement intérimaire fut constitué en quelques jours sous la houlette du colonel Bagosora qui se révèla rapidement être l'homme fort du régime après la disparition du Président Juvénal Habyarimana. Le gouvernement intérimaire s'engage sur deux fronts : d'une part les FAR (Forces armées rwandaises, c'est à dire l'armée régulière rwandaise) combattent le FPR (Front patriotique rwandais, composé de Tutsi exilés combattant le régime à partir de l'Ouganda depuis 1990), et d'autre part les milices Interahamwe créées par le Président Habyarimana qui exécutent ce qu'elles appellent « le travail », parfois assistées par les FAR. Le « travail » consiste pour la population hutue (90 % de la population) à massacrer à travers tout le pays les Tutsi, ainsi que certains Hutu modérés réputés hostiles à ce projet et considérés comme des « traîtres ». La population utilise essentiellement des machettes, des houes et des gourdins cloutés.
Cent jours d'extermination
Victimes du génocide au Rwanda
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Victimes du génocide au Rwanda
Pendant trois mois, la Radio Télévision des Mille Collines encourage et guide jour après jour, heure par heure le génocide, citant nommément les Tutsi non encore tués à tel ou tel endroit. Les massacres atteindront des sommets dans l'horreur. L'ampleur du massacre (en trois mois, 1 million de personnes sont tuées selon le FPR, 500 à 800 000 selon l'ONU), sa cruauté (on éventre les femmes enceintes, la violence sexuelle est générale, des tueries ont lieu au sein de familles mixtes, on s'efforce de faire souffrir les victimes...) et l'implication générale de la population en font un des événements les plus atroces du XXe siècle. Les Tutsi ne pourront trouver refuge nulle part. Les églises par exemple ne seront d'aucune protection et seront au contraire le théâtre de massacres de masse quand les Tutsi s'y sont réfugiés. Le génocide constitue en outre un désastre économique avec les destructions de biens (notamment les troupeaux) et les pillages.
Dès la première semaine du génocide, partant du nord du Rwanda, une zone limitrophe de l'Ouganda qu'ils ont conquise de 1990 à 1993 contre les FAR, les rebelles du FPR de Paul Kagame, formés majoritairement d'exilés Tutsi mais aussi de Hutu de l'opposition, occupent leur pays d'origine pour prendre le pouvoir. Cette progression s'accompagne d'exactions faisant de nombreuses victimes, hutues mais aussi tutsies. De 1990 à 1993 les FAR avaient été formées et réorganisées par l'armée française, précisément pour contrer les attaques du FPR, attaques qui étaient systématiquement accompagnées de massacres. De leur côté les responsables du FPR se sont appuyés sur l'armée ougandaise, dont certains étaient officiers depuis que le Président Yoweri Museveni avait conquis le pouvoir en Ouganda.
Pendant toute la période du génocide, la Mission des Nations unies pour l'assistance au Rwanda (MINUAR) tente d'obtenir un cessez-le-feu entre le FPR et les FAR et un arrêt des massacres. Quinze jours après le début du génocide, l'ONU, très inquiète du fait de l'assassinat de dix casques bleus belges, réduit fortement les effectifs de la MINUAR. Sous l'influence déterminante des États-Unis qui ne veulent absolument pas être interpellés par l'opinion internationale et devoir intervenir (le fiasco somalien est encore récent), l'ONU tarde à qualifier de « génocide » les massacres. Mais à partir de mai 1994, devant la gravité de la situation, elle met sur pied la MINUAR 2 qui se révèle dans l'impossibilité d'intervenir immédiatement. Devant ce retard, la France obtient des Nations unies d'organiser le 22 juin 1994 l'opération Turquoise, jusqu'au 22 août 1994, date prévue de déploiement de la MINUAR 2. Elle obtient ensuite de créer, dans le sud-ouest du Rwanda, une « zone humanitaire sûre » (ZHS), le 4 juillet 1994, après quelques accrochages avec le FPR.
Malgré la progression rapide du FPR vers la capitale Kigali, qui est prise le 4 juillet 1994, le génocide coûtera la vie à près d'un million de Tutsi et Hutu modérés. Les miliciens Hutu et les FAR battent en retraite au Zaïre (actuelle République démocratique du Congo), entraînant avec eux environ deux millions de réfugiés Hutu qui redoutent les représailles du FPR. Le 19 juillet 1994, un gouvernement fondé sur les derniers accords d'Arusha, mais dominé par le FPR, prend les rênes du Rwanda. Le président de la République et le Premier ministre sont des Hutu modérés. Celui qui a conduit le FPR à la victoire, le général-major Paul Kagame, vice-président et ministre de la défense, devient l'homme fort du Rwanda.
Les conséquences du génocide
Voir l'article Génocide au Rwanda : les conséquences du génocide.
À partir de la deuxième quinzaine de juillet 1994, une épidémie de choléra éclate dans les camps de réfugiés hutu au Zaïre. Cet épisode, qui a été fortement médiatisé, a souvent été confondu avec le génocide et l'a même en grande partie occulté. Il a occupé une grande part de l'énergie des soldats de l'opération Turquoise.
Au fur et à mesure de son entrée au Rwanda, le FPR s'est livré à une série de massacres dont l'existence n'est plus niée, mais dont le bilan reste à définir. Selon Faustin Twagiramungu, Premier ministre de Paul Kagame entre juillet 1994 et août 1995, « d'avril à juillet 1994, il y avait eu une sorte de compétition dans l'extermination des populations, entre les soldats du FPR et les Interahamwe, dans les régions sous leur contrôle » et il chiffre à 250 000 le nombre de victimes du FPR d'avril 1994 à août 1995[1].
La majorité des réfugiés Hutu sont rentrés par vagues successives au Rwanda au cours des années suivantes. Une partie des FAR rentrée au Rwanda a été réintégrée dans l'APR (Armée patriotique rwandaise), les nouvelles forces gouvernementale rwandaises. En 1996-1997 de nombreux réfugiés Hutu, poursuivis dans les forêts, ont été massacrés (y compris les femmes et les enfants) par les forces alliées (armées du Rwanda, l'APR, et de l'Ouganda, et rebelles zaïrois). Les africanistes Rony Brauman, Stephen Smith et Claudine Vidal estiment qu'il y eut au moins 200 000 victimes, massacrés ou victimes de la famine et de l'absence de soin provoquées par leur traque[2]. Faustin Twagiramungu, dans son intervention déjà citée, parle lui de 200 000 personnes massacrées, compte non tenu, donc, de celles acculées à la famine ou privées de soins.
Cette coalition a renversé le président du Zaïre Mobutu Sese Seko et porté Laurent Désiré Kabila à la tête de la nouvelle République démocratique du Congo en 1997.
Dix ans après le génocide, les affrontements entre les forces génocidaires et le FPR au Zaïre constitue encore un des facteurs clé de l'instabilité de la République démocratique du Congo. Selon les gouvernements du Rwanda et du Burundi, les extrémistes hutus sont une menace permanente. Cette situation justifie aux yeux du Rwanda des interventions déstabilisatrices et souvent meurtrières vivement dénoncées par la RDC. Ces interventions s'inscrivent dans la première guerre du Congo et la deuxième guerre du Congo dans laquelle une dizaine de pays africains se sont impliqués et qui ont coûté la vie d'au moins 3 à 4 millions de Congolais. Le FPR est accusé par les opposants et dissidents rwandais, par le groupe d'expert de l'ONU chargé d'étudier cette question [3], des universitaires, l'ancien ministre congolais Honoré Ngbanda Nzambo [4] et Pierre Péan d'utiliser la présence d'anciens génocidaires en RDC comme simple prétexte au pillage de cette région.
Les FDLR, qui regroupent une partie des forces dites génocidaires, ont accepté d'être désarmées début avril 2005 et de rentrer au Rwanda. Si ce désarmement se confirme le Rwanda n'aura plus de raisons d'intervenir en RDC.
Les juridictions internationale et nationales face au génocide
Le Tribunal pénal international pour le Rwanda
Voir l'article Tribunal pénal international pour le Rwanda.
Le 8 novembre 1994, la résolution 955 du Conseil de sécurité de l'ONU crée le Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR) pour juger les principaux responsables du génocide.
La Cour pénale internationale est compétente pour tous les crimes commis après sa création le 1er juillet 2002. Elle n'est donc pas compétente pour juger des crimes commis au Rwanda pendant le génocide.
Les juridictions gaçaça
Le 15 janvier 2005, huit mille nouvelles juridictions gaçaça (tribunaux populaires chargés de juger les auteurs présumés du génocide rwandais de 1994 — prononcer « gatchatcha ») ont entamé la phase administrative de leur travail. Elles viennent se rajouter aux sept cent cinquante gaçaça pilotes mises en place depuis 2001 dans certaines régions du pays. Les gaçaça sont inspirées des anciennes assemblées villageoises. Elles ont été créés pour juger tous les présumés auteurs du génocide à l'exception des planificateurs et des personnes accusées de viols qui sont jugés par les tribunaux conventionnels ou par une juridiction de l'ONU. Plusieurs millions de personnes, les simples exécutants, sont donc concernés par cette juridiction. Le jeudi 10 mars, les premiers procès ont eu lieu à travers tout le pays. Malgré l'environnement social défavorable aux rescapés du génocide, qui demeurent très minoritaires au sein de la population, les gaçaça sont craints par les anciens Interahamwe. Environ 6 000 personnes ont tenté d'échapper à la justice en fuyant vers le Burundi, et ont été rapatriées de force en juin 2005 par les autorités rwandaises et burundaises.
Les tribunaux nationaux
La « compétence universelle » de certains tribunaux nationaux leur permet d'accepter les poursuites contre certains responsables du génocide. Un jugement a eu lieu en Suisse, un autre en Belgique, un jugement est en cours en France contre un prêtre rwandais, et des plaintes ont été déposées en février 2005 pour « complicité de génocide ou crime contre l'humanité » devant le tribunal militaire français, contre des militaires français à identifier et éventuellement leurs responsables militaires et civils. La justice belge a prononcé quatre condamnations[5].
Questions en suspens
L'histoire du génocide rwandais n'est pas close et de nombreuses questions restent en suspens :
* Qui sont les instigateurs de l'assassinat de Juvénal Habyarimana ?
* Quel rôle ont joué avant le génocide d'une part la France dans le soutien politique et militaire du régime d'Habyarimana et d'autre part les États-Unis dans le soutien, via l'Ouganda, de la rebellion FPR?
* Quel rôle a joué exactement l'opération Turquoise ?
* Dans quelles mesures le FPR connaissaît-il la situation et en a-t-il profité pour mener sa conquête du pouvoir ?
* Quel rôle ont joué les massacres, perpétrés dès 1990, par les troupes du FPR — contre des Hutus et même, d'après des témoignages de repentis, contre des Tutsis — dans le déclenchement du génocide ?
* Et bien sûr, comment remédier à l'impuissance de la communauté internationale face à une telle situation ?
Voir aussi
GÉNOCIDE AU RWANDA
Rwanda
Histoire du Rwanda
Populations des Grands Lacs
Ethnisme au Rwanda
Introduction
Événements initiaux
Causes du génocide
Acteurs rwandais
Communauté internationale
Institutions religieuses
Particularités du génocide
Conséquences du génocide
Justice internationale (TPIR)
Médias
Glossaire et compléments
Bibliographie
* Les accords d'Arusha pour le Rwanda
* Tribunal pénal international pour le Rwanda
* Manifeste des bahutu
* Génocide
* Hutu
* Tutsi
* Twa
* Burundi
Références
1. ↑ [1]
2. ↑ Rony Brauman, Stephen Smith et Claudine Vidal, « Politique de terreur et privilège d'impunité au Rwanda », Esprit, août 2000, p. 148
3. ↑ Rapport final du groupe d'experts sur l'exploitation illégale des ressources naturelles et autres formes de richesses de la République démocratique du Congo, document S/2002/1146, New York, 16 octobre 2002, p. 15
4. ↑ Crimes organisés en Afrique centrale. Révélations sur les réseaux rwandais et occidentaux, éd. Duboiris, 2005
5. ↑ http://www.destexhe.be/Jn_proces_justice.htm
Liens externes
* Rapport d'information de l'Assemblée nationale française sur le génocide Rwandais (dit « rapport Quilès »)
* Dossier sur le génocide de Rwanda.net
* Leave None to Tell the Story: Genocide in Rwanda (version originale en anglais du rapport d'HRW Aucun témoin ne doit survivre)
* Carte des camps de réfugiés en République démocratique du Congo (1996)
* Dossiers « Génocide rwandais » de Afrik.com
