histoire de mai 68

histoire de mai 68
Mai 1968
Le mois de mai 1968 a vu se dérouler un ensemble d'événements dans les milieux étudiants d'un grand nombre de pays dont la République Fédérale d'Allemagne (mouvement SDS - Sozialistischer Deutscher Studentenbund), les États-Unis (actions contre la guerre du Viêt Nam), la Tchécoslovaquie (Printemps de Prague) et le Mexique. Ce mouvement de contestation étudiante débute des deux côtés du rideau de fer. Dès 1967, plusieurs campus aux États-Unis ou en Pologne, par exemple, s'insurgent contre la politique éducative.
Les événements de Mai 68 en France

En France, ces événements prennent une ampleur particulière car ils sont accompagnés de puissantes manifestations d'étudiants, puis d'une grève générale qui paralyse complètement le pays (des camions militaires devront assurer des transports de fortune). Ce mouvement s'accompagne d'une vague de réunions informelles à l'intérieur des organismes, des entreprises, des administrations, des lycées et des universités, des théâtres, des maisons de jeunes, des maisons de la culture.

Dans tout le pays, les portes s'ouvrent à n'importe quel citoyen, la parole se libère et devient pour quelques semaines la raison d'être des Français. Enthousiasmé ou catastrophé, dubitatif ou méditatif, chacun selon sa sensibilité participe ou observe. Des dialogues intenses se nouent dans les rues, entre inconnus, et à travers les générations.

L'un des symboles de ces lieux de débats est l'Odéon à Paris où l'on peut entendre s'affronter, dans des débats pris très au sérieux jour et nuit, quelques syndicalistes délégués de chez Renault, des ménagères du quartier, des étudiants, un groupe de jeunes de droite de Neuilly-sur-Seine venus en touristes, un autre groupe de lycéens d'une banlieue ouvrière, tel ou tel artiste célèbre, des professeurs, un conseiller municipal aux abois, un ou deux cadres d'entreprise catastrophés, pendant que dans les coulisses du théâtre, quelques échevelés de la libération sexuelle se livrent à des ébats spontanés et sans intimité.

À tout moment dans tel ou tel lieu de France, un militant de telle ou telle organisation, plus ou moins rompu à la dynamique de groupe en vogue, s'impose pour faire voter une « motion » en « assemblée générale » qui se perd dans un flot de tracts et achève parfois sa course dans un article de presse, si un journal peut paraître, suivant le destin d'une bouteille à la mer lancée à Maubeuge et ouverte dans l'Île de la Cité. On découvrira des attitudes personnelles surprenantes, comme celle du député Valéry Giscard d'Estaing allant seul à l'aube à la rencontre des ouvriers de Billancourt qui occupent leur usine.

Le Général de Gaulle qualifiera ce tsunami social de « chienlit ».

Origine

En France, le mouvement étudiant demandant une amélioration des conditions de vie des étudiants commence en novembre 1967. Ce mouvement rencontre peu d'écho. En 1968, le « mouvement du 22 mars » , prenant le relais de la contestation menée par de petits groupes tels les anarchistes et les enragés de René Riesel, se fait connaître ce jour-là en occupant les locaux de l'université de Nanterre. L'une de ses principales revendications est le droit d'accès pour les garçons aux résidences universitaires des filles. La figure de proue de ce mouvement se nomme Daniel Cohn-Bendit. Il devient le symbole de la remise en cause de l'autoritarisme.

Les causes de ce mouvement sont diverses selon les analystes. Mais toutes tournent autour de l'idée qu'une grande rigidité cloisonnait les relations humaines et les m½urs dans toute la société.

Contexte culturel et politique
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* Sur le plan sociologique, la dynamique de groupe s'est répandue pendant les années 1960 dans les formations des responsables de toutes les organisations et des entreprises. La mode est au débat. Mais les clivages sociaux sont encore extrêmement rigides. Le paternalisme autoritaire est omniprésent. On commence à ouvrir des lycées « mixtes », mais beaucoup d'établissements scolaires sont encore réservés aux garçons ou aux filles (les filles ne sont pas autorisées à porter le pantalon). La France a autorisé l'usage de la pilule contraceptive dès 1967, mais elle est encore peu répandue et l'éducation n'a pas encore connu de réformes structurelles et le décalage est criant entre les aspirations d'une jeunesse et les cadres moraux qu'ils ressentent comme dépassés.
* Au plan économique, on arrive bientôt à l'apogée des « trente glorieuses », années de reconstructions après la Seconde Guerre mondiale. La société de consommation s'est installée sans qu'on prenne vraiment conscience de toutes ses implications et des déséquilibres mondiaux qui se développent.
* Au plan politique, les Français viennent de découvrir le vote au suffrage universel pour élire le Président de la République et les référendums pour que chacun donne son avis. La France vient de perdre ses colonies. Le climat international est accaparé par la guerre froide entre les tenants des modèles capitalistes et communistes. Ce contexte s'impose aux choix politiques dans tous les pays, carcan que les jeunes dénoncent face à leurs dirigeants, quel que soient leur système politique. On remarque notamment les comités Viêt Nam, formés majoritairement de lycéens et étudiants dans les pays occidentaux, qui dénoncent « l'impérialisme américain » visible par la guerre du Viêt Nam. La guerre froide fait naître des idées anti-nucléaires.

L'ORTF en Mai 68: thématique de l'autogestion.
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L'ORTF en Mai 68: thématique de l'autogestion.

* Le caractère international de ces mouvements relativise les causes purements françaises. Ainsi les gardes rouges de la révolution culturelle chinoise, depuis 1965, ont rendu perceptible l'idée que les jeunes pouvaient avoir un pouvoir politique dans la société et remettre en cause l'autorité des adultes et des pouvoirs.
* Au plan philosophique, on invoquera souvent plusieurs auteurs pour expliquer ce mouvement : le livre d'Herbert Marcuse paru en France en 1964, puis réédité en 1968, l'Homme unidimensionnel, sous-titré Essai sur l'idéologie de la société industrielle avancée, le manifeste de Wilhelm Reich, paru en 1936 et le livre Traité de savoir vivre à l'usage des jeunes générations de Raoul Vaneigem, paru en 1967, puis la Société du spectacle de Guy Debord, paru en 1967.
* Au plan religieux la France, encore très catholique, vient de suivre avec passion le Concile de Vatican II qui a profondément ébranlé le catholicisme et surtout les mouvements d'action catholique. En particulier, les Scouts de France représentant à l'époque une part non négligeable des jeunes chrétiens, ont modifié les rapports hiérarchiques dans leurs structures, remettant en cause à partir de 1964, un modèle de type militaire et introduisant la collégialité des décisions au sein des équipes.

Chronologie

* 1er mai :

Traditionnel défilé à l'appel de la CGT, PC, PSU (République - Bastille). CFDT, FGDS, FEN ont refusé de s'associer.
Daniel Cohn-Bendit est appelé à comparaître le 6 mai devant la Commission des affaires contentieuses et disciplinaires de la Sorbonne.
La rumeur court que les « fafs » vont attaquer Nanterre le 2 mai. Ils ont fait venir des renforts de province. Dès la nuit, avec l'aide des membres des Comités Viêt Nam de base accourus en foule, la Faculté est mise en état d'autodéfense.

* 2 mai :

* 7h45 : À la Sorbonne, Occident met le feu au bureau de la Fédération générale des étudiants en lettres, la FGEL. Les pompiers accourent sur les lieux dans les minutes qui suivent et maîtrisent le feu. Sur le mur on découvre un cercle barré d'une croix celtique, l'insigne d'Occident. Personne n'a vu ces incendiaires, dont le feu, vite étouffé dans ce local, va tout embraser. En signe de protestation, les Groupes d'études de lettres (FGEL) annoncent un meeting demain vendredi 3 mai, dans la cour de la Sorbonne : « Nous ne laisserons pas les étudiants fascistes maîtres du Quartier latin. » Mais ils prennent aussi la défense de Cohn-Bendit : « Jamais les étudiants ne permettront que la répression policière s'abatte sur un des leurs par le biais d'un tribunal universitaire. »

Dès le matin, la rumeur n'est plus mise en doute par personne (les preuves sont là, à la Sorbonne) et va déclencher la révolte : le mouvement Occident, constitué de militants d'extrême droite et aidé pour l'occasion par d'anciens parachutistes, a fait savoir qu'il s'apprêtait, pour le lendemain, à attaquer Nanterre et à rétablir l'ordre. C'est le branle-bas de combat sur le campus.
En prévision, on s'arme de gourdins, de boulons, on fabrique des coktails Molotov et entasse des barres de fer. L'effectif du commando d'Occident, parachutistes compris, dépasse les 200 éléments.
Le meeting qu'Occident compte tenir n'est qu'un prétexte pour en découdre et l'avertissement est pris au sérieux. Les Pro-chinois de l'UJCml se préparent donc à recevoir dignement leurs visiteurs et transforment la faculté en camps retranché avec occupation « stratégique » des toits, lance-pierres, catapultes géantes pour projectiles géants (en l'occurrence des tables !), coktails Molotov, caillasses, etc. Des guetteurs casqués ont pris place sur le toit munis des caisses de boulons et de cailloux. Il y a des sentinelles partout, aux portes et aux fenêtres des bâtiments. Matraque à la main, casque à la ceinture, les chefs patrouillent. Des tranchées creusées sur le campus sont prévues pour enrayer la progression de l'adversaire et bloquer ses voitures. Des contacts ont même été pris avec des ouvriers qui travaillent dans un chantier voisin, pour que, si le besoin s'en faisait sentir, ils appuient les étudiants avec leurs bulldozers ! Les étudiants de l'université de Pékin servent de modèles, ils ont déjà eu recours à cette stratégie de défense qui prévoit de faire du campus un camp retranché. On se passe de main en main un tract d'Occident : « Nous montrerons demain que nous sommes capables de nous opposer à la terreur rouge et de rétablir l'ordre avec les moyens qui s'imposent ».
Finalement, Occident ne viendra pas, mais la police si. Un bâtiment de la résidence est transformé en Fort-Chabrol.
Au milieu de l'effervescence, on apprend que huit étudiants du Mouvement du 22 Mars sont convoqués devant la Commission des affaires contentieuses et disciplinaires de l'Université de Paris, que préside Robert Flacelière, directeur de l'École normale supérieure de la rue d'Ulm et vice-président du Conseil de l'Université, pour le lundi 6 mai, à 11h30. Les accusés qui doivent répondre de la soirée du 22 mars sont : Daniel Cohn-Bendit, Olivier Castro, Michel Pourny, Daniel Schulmann, Yves Fleischl, Ploix, Jean-Pierre Duteuil et René Riesel.
En fin de matinée, le doyen de Nanterre, M. Grappin, et le recteur Roche se rendent sur place pour constater la situation avec le directeur des enseignements supérieurs du ministère, M. Olmer. Ils sont inquiets. Grappin ne voit pas d'autre solution que de suspendre les cours, comme en mars. On est à quinze jours des examens, la faculté peut à la rigueur rester fermée jusque-là : « D'ailleurs, après avoir marqué le coup, nous prévoyons de la rouvrir progressivement si la situation le permet. »

* 13h45 : un tract des « 22 mars » lance le mot d'ordre : « Hors de Nanterre les ratonneurs ! Les commandos fascistes seront exterminés. »

Dans l'après-midi, 300 étudiants environ réquisitionnent le grand amphi de la faculté pour la projection de films sur la guerre du Viêt Nam et sur le Black Power. René Rémond trouve son amphithéâtre occupé avec une pancarte sur la porte : « Le cours de Rémond n'aura pas lieu. » L'historien, furieux, proteste, mais rien n'y fait. Il reçoit pour tout encouragement une table dans les jambes, on le hue, on l'expulse et il est contraint de faire demi-tour. Les cours de François Bourricaud et de Michel Crozier sont également perturbés.

* 19h : Devant la tournure prise par les évènements, le doyen Grappin, en accord avec le ministre Alain Pierrefitte et le recteur Roche, décide de suspendre les cours et les travaux pratiques à l'Université de Nanterre « jusqu'à nouvel ordre » à compter du lundi 6 mai à 9 heures.

Le journal télévisé de 20 heures sur la première chaîne diffuse l'appel du doyen Grappin qui s'élève contre l'action de « petits groupes d'extrémistes ». Le départ pour l'Iran et l'Afghanistan du Premier ministre Georges Pompidou est également diffusé ce même soir.
Communiqué de l'UNEF et du Mouvement du 22 mars pour une manifestation le 6 mai à 10 h à la Sorbonne : s'opposer à la répression engagée contre certains étudiants.

* 3 mai :

* 12h : Le soulèvement des étudiants de Nanterre gagne le quartier Latin à Paris. En accord avec plusieurs organisations d'extrême gauche (la JCR d'Alain Krivine, la FER de Stephane Berg), le Mouvement d'action universitaire, l'UNEF et le Mouvement du 22 mars s'associent au meeting dans la cour de la Sorbonne pour protester à la fois contre l'incendie des locaux de la FGEL, la veille, par le groupe d'extrême droite « Occident » et contre la comparution de Daniel Cohn-Bendit et de ses camarades devant le conseil de discipline de l'Université le 6 mai : « Protester contre la fermeture de Nanterre et la comparution de huit étudiants devant une commission de discipline, le lundi suivant. » Environ 200 étudiants, placés sous le commandement de Xavier Langlade, le chef du « SO » (service d'ordre) de la JCR, sont présents.

Un trotskiste de la FER commence par invoquer la nécessaire alliance avec la classe ouvrière. Puis, un militant lit à haute voix l'éditorial de Georges Marchais dans L'Humanité. Ensuite, Cohn-Bendit, harangue le public : « Que la Sorbonne devienne un nouveau Nanterre ! », lance-t-il. C'est ensuite au tour de Jacques Sauveagot, 25 ans, licencié en droit et en histoire de l'art, militant du PSU et vice-président de l'UNEF (dont il assure la présidence par intérim depuis avril), inconnu de Cohn-Bendit et des autres, de prendre la parole. Tout ce beau monde attend, en outre, de pied ferme les nationalistes qui, après la fermeture de Nanterre, ont promis de leur faire rendre la gorge.

* 13h : Le meeting est un bide. On se disperse non sans avoir convenu de reprendre la manifestation à 14 heures.

Pendant ce temps là, le Général de Gaulle reçoit quelques personnalités pour déjeuner. Parmi elles, l'acteur Fernandel qui a fait décaler le tournage d'un film pour être présent.

* 14h00 : À nouveau, 300 étudiants se retrouvent dans la cour de la Sorbonne. Les orateurs se succèdent dans la cour de la Sorbonne pour inviter à faire du lundi 6 mai, jour fixé pour la séance de la Commission, une grande journée de protestation. Des forces de police, sur requête du recteur soucieux d'assurer la « liberté des examens » quadrillent le quartier et se massent discrètement aux alentours de la Sorbonne. Une heure se passe poussivement ; il faut que les services d'ordre de la Jeunesse communiste révolutionnaire et de la FER occupent la scène en entonnant leurs hymnes guerriers et prolétariens pour que l'attention se maintienne.

En début d'après-midi, les lecteurs parisiens du supplément littéraire du Monde prennent connaissance de la parution de quelques ouvrages : un roman d'André Stil, conforme à la ligne esthétique du parti communiste, deux recueils : un de textes castristes et un sur Mao. Ils sont informés de la situation des lettres suisses. À la une, un billet très critique de R. Escarpit : « ...Rien n'est moins révolutionnaire, rien n'est plus conformiste que la pseudo-colère d'un casseur de carreaux même s'il habille sa mandarinoclastrie d'un langage marxiste ou situationniste... ». Tandis que la police s'apprête à pénétrer dans la Sorbonne, 45 enseignants de Nanterre se réunissent dans les locaux de leur faculté, désertée après la décision de suspendre les cours, afin de débattre du texte rappelant l'urgence d'une réforme universitaire, qu'Alain Touraine, Paul Ricoeur et Guy Michaud ont rendu public dans Le Monde du 2 mai. Soulignant que la perturbation des cours par l'extrême gauche a été exagérée, ils estiment que l'Université et les universitaires sont, en partie, responsables de la vague de violence et d'agitation.

* 15h00 : Deux cents militants d'extrême droite du mouvement Occident, armés de matraques, menacent de pénétrer dans la Sorbonne. À leur tête, on reconnaît Alain Madelin et à ses côtés le jeune Alain Robert. Le groupe arrive de la faculté de droit de la rue d'Assas. Ce dernier a battu le rappel des troupes qui passées par l'Observatoire arpentent maintenant le boulevard Saint-Michel et se dirigent vers la Sorbonne aux cris de « Communistes assassins », « Occident vaincra », « Tuons tous les communistes » et « Occident au pouvoir ». Dans la cour de la Sorbonne, une estafette essoufflée apporte la nouvelle : Occident se rassemble près de l'Observatoire et marche en rangs serrés vers la Sorbonne. Des observateurs vont et viennent, des sentinelles prennent place aux portes de la Sorbonne, le camp retranché à nouveau s'organise dans les fausses nouvelles, les bruits alarmistes, la confusion. Prochinois de l'UJCml et trotskistes de la JCR sortent les casques de leurs sacs de plastique, on arrache des pieds de chaise, on ramasse des pierres dans un couloir en travaux. Un petit état de siège bruyant et fébrile s'empare de la Sorbonne, où la plupart des étudiants sont en cours ou bien passent sereinement l'agrégation dans l'amphithéâtre tout proche.
* 15h10 : Ces préparatifs stratégiques impressionnent le recteur Roche, qui craint la contagion nanterroise. Entretien des responsables de l'UNEF, de la FER et de la JCR avec le secrétaire général de l'Université, qui leur demande d'évacuer la Sorbonne. Les étudiants refusent. Roche commence alors par faire évacuer et fermer les amphithéâtres où l'on donne des cours, ce qui a pour effet de grossir la petite troupe qui transforme la cour en mini-camp retranché. Puis il appelle ses supérieurs. Tout d'abord, il discute avec le directeur de cabinet du ministre de l'Éducation nationale. Tous conviennent que les conditions d'une intervention policière sont réunies. Couvert par ses supérieurs, Roche appelle alors la préfecture (Jean Paoli, directeur de cabinet de Maurice Grimaud), laquelle, réticente, demande une réquisition écrite pour intervenir. Ensuite, à la demande du recteur Jean Roche qui craint des affrontements violents entre étudiants de gauche et de droite, les forces de l'ordre bloquent les entrées et sorties de la Sorbonne. Sont visibles dans la cour environ 150 jeunes gens dont une vingtaine sont casqués et munis de barres en bois provenant de tables et de chaises qu'ils ont brisées auparavant. Le secrétaire général de la Sorbonne, Bourjac, est séquestré dans son bureau jusqu'à ce qu'il accorde les clés des amphithéâtres. Des voitures de service, qui se trouvent dans la cour, sont déplacées pour former une barricade devant la voûte d'entrée, et les Nanterrois, avec des pioches, commencent à dépaver la cour pour édifier des barricades.

Le groupe de militants d'Occident arrive rue des Écoles avant d'accélérer dans la foulée. Au même instant, un policier en civil revêtu d'un long manteau de cuir noir ordonne à ses policiers en tenue et casqués de charger le cortège, qui galope vers l'entrée de la Sorbonne et grimpe quelques marches avant de faire brusquement demi-tour. Ils s'éloignent, alors que les policiers qui les traquent ne semblent pas réellement chercher à les rattraper. Le commando d'extrême droite se désagrège et se disperse dans les rues avoisinantes.

* 15 h 35 : Le commissaire du Ve arrondissement reçoit une missive explosive de quatre lignes qui va entraîner les premiers affrontements du Quartier latin : « Le recteur de l'académie de Paris, président du conseil de l'université, soussigné, requiert les forces de police de rétablir l'ordre à l'intérieur de la Sorbonne en expulsant les perturbateurs. » L'inattendu suscite l'étonnement des plus radicaux : la police va pénétrer dans la Sorbonne, alors que les bâtiments universitaires lui sont interdits.
* 16h15 : Les gardes mobiles bloquent les issues de la Sorbonne.
* 16h30 : La rue de la Sorbonne est évacuée et ses deux extrémités sont bloquées.
* 16h40 : Le calme est revenu parmi les étudiants : il ne se passe rien. Un cri : « Attention, ils arrivent ! » Le commandant Petit et ses hommes pénètrent en longue file dans la cour de la Sorbonne. Stupéfaits, les étudiants hésitent, discutent entre eux. Qu'ils se battent et ils prendront des coups sans espoir de s'échapper. Inutile et dangereux. Ils décident finalement de sortir dans le calme et en silence. Alain Krivine, Jacques Sauvageot et Stéphane Berg s'avancent en délégation vers le commissaire Petit.
* 16h45 : Pendant ce temps, les quelques étudiants échappés par derrière cherchent des renforts dans le quartier Latin. L'afflux des forces de police, le bouclage de la rue de la Sorbonne et de la rue des Écoles ont attiré, en un clin d'½il, une petite foule. Ceux qui déambulent boulevard Saint-Michel, badauds ou militants arrivés en retard pour le meeting, s'arrêtent devant le spectacle.

À 16 h 45, ils sont peut-être mille, mais seront plus de deux milles à 17 heures.

* 17h00 : Après quelques mots échangés avec le commissaire de police, les étudiants acceptent de sortir sans se défendre si la police les laisse filer. Les forces de l'ordre ne tiennent pas leur parole. Des gendarmes casqués et bâtons en mains font évacuer la Sorbonne. La routine policière veut que l'on contrôle l'identité des « perturbateurs » désignés par le recteur. Ils sont trop nombreux pour qu'on puisse le faire sur place. Quelques 400 étudiants sont donc embarqués dans les cars qui attendent à l'extérieur.
* 17h10 : Un premier convoi (trois cars) d'étudiants arrêtés quitte la Sorbonne sans difficulté. Par manque de « paniers à salade », l'embarquement durera plus de trois heures.
* 17h15 : On compte trois mille personnes aux abords de la Sorbonne. Les incidents sérieux commencent à 17 h 15 place de la Sorbonne, lors du départ du second convoi. La place de la Sorbonne est dégagée à l'aide de grenades lacrymogènes. Des manifestants se regroupent boulevard Saint-Michel et harcèlent les forces de l'ordre. Des cris s'élèvent, « Libérez nos camarades », « La Sorbonne aux étudiants », « Halte à la répression » et même « CRS SS » ; bientôt repris en ch½ur. La foule grandit, les cars de CRS ont du mal à se frayer un passage. Le préfet Grimaud est là en personne.

Un commissaire raconte: « À 17 h 16, des manifestants arrivent de la rue Champollion vers la Sorbonne. Leur nombre peut être évalué à 1 000. Ils appliquent une technique de harcèlement ponctuée de heurts sévères mais de courte durée. » La police reçoit l'ordre de « nettoyer » les abords. Pour dégager les deuxième et troisième cars de « détenus », secoués par la foule, et permettre le transbordement de certains d'entre eux, un pneu ayant été crevé par les manifestants, la police tire des grenades de gaz lacrymogène. Des manifestants, luttant contre l'asphyxie, brisent une grille d'arbre et descellent quelques pavés, les premiers. Cette fois tout commence.
Quelques uns des dirigeants de l'UJCml se trouvent à leur fief de l'ENS. Cinquante-deux étudiants de Nanterre, membres du Mouvement du 22 mars, qui ont assisté au début de l'émeute arrivent en courant les chercher. On leur dit : « Il faut que vous veniez vite, on se bat sur le boulevard Saint-Michel. » Ils l'entendaient à la radio ; « On a besoin de vous, vous seuls pouvez sauver la situation ! » Ils ont répondu : « C'est sûrement des gens de droite qui se battent, sans ça, nous, on y serait déjà. »

* 17h30 : Boulevard Saint-Michel, devant le lycée Saint-Louis, un premier pavé fuse. Il fracasse la vitre d'un car de CRS et fend le crâne du brigadier Christian Brunet qui s'écroule. La réponse est immédiate. Les policiers chargent, repoussent les manifestants en matraquant tout sur leur passage. Les rangs des contestataires grossissent. Tout le monde goûte à la répression, les manifestants, les passants, les étudiants, les clients des cafés, commerçants, touristes, riverains, ceux qui veulent s'interposer... Les policiers s'efforcent de repousser les manifestants sans cesse plus nombreux vers la place Saint-Michel et la Seine. Les arrestations se multiplient. Elles ont nécessité l'usage de grenades lacrymogènes. Pour la première fois, des jeunes occupent le pavé parisien et retrouvent les réflexes des communards. Une explosion de violence qui stupéfie les policiers.
* 18h30 : Le quartier Latin est en état de siège. Les manifestants se comptent par milliers. C'est une mini-guerilla urbaine qui commence. Henri Dacier, qui allait au cinéma aux Trois Luxembourg, rue Monsieur-le-Prince, est matraqué au sol devant son amie. Ils se joignent tous deux aux émeutiers. Au coin de la rue de l'École de médecine, Claude Frèche, arrête sa 404 et demande ce qui se passe à un agent. Pour toute réponse, il reçoit deux coups de matraque et rejoint les manifestants. Un camionneur descend de son véhicule boulevard Saint-Michel et fait tournoyer la grande manivelle qu'il tient à la main. Les policiers reculent.
* 20h00 : Le recteur Roche ordonne la fermeture de la Sorbonne et l'annexe de Censier, réservée au premier cycle, jusqu'au retour au calme.
* 20h05 : Les premières barricades sont édifiées, à l'aide de grilles d'arbres et de panneaux publicitaires notamment.
* 20h25 : Le quartier Latin est un champ de bataille où s'affrontent des militants de gauche organisés en petits groupes et des gardes mobiles souvent débordés. Dans les petites rues autour du « Boul'-Mich », Nicole Le Guennec et quelques autres militants pro-chinois renversent les voitures en stationnement. Au carrefour Saint-Michel-Saint-Germain, Henri Vacquin, ancien de l'UEC, voit un groupe de jeunes secouer un car de police comme un prunier. « Vous êtes fous !- Ta gueule, vieux con, t'es plus dans le coup ». Un peu plus loin, au croisement du boulevard Saint-Germain et de la rue Saint-Jacques, ce sont les loulous du Roméo-Club, rendez-vous de la banlieue adolescente, qui mènent la danse avec une rigueur toute prolétarienne. Juché sur une auto, un militant de la FER crie : « C'est une folie, camarades ! Repliez-vous ! Ne suivez pas les provocateurs ! », sans résultat. Des ébauches de barricades sont successivement abandonnées par des manifestants agressifs qui, pour dégager certains des leurs, se ruent en bandes sur les forces de l'ordre. Trois commissaires, MM. Stevenot, Quilichini et Bailly, conjuguant les efforts de leurs effectifs, dégagent les abords du Luxembourg au prix d'actions vigoureuses et en s'aidant de grenades lacrymogènes.
* 21h00 : L'émeute est maîtrisée.
* 22h00 : Dans la soirée, le SNE Sup se réunit rue Monsieur-le-Prince, où siégera pendant plusieurs semaines l'état-major de la révolte. Le secrétaire général du SNE-Sup, Alain Geismar (29 ans, maître-assistant au laboratoire de physique de la rue d'Ulm) a lancé dans la soirée un mot d'ordre de grève générale dans l'enseignement supérieur sans avoir eu le temps de consulter le Bureau national. Après cinq heures d'affrontements, le quartier retrouve son calme. Bilan : 83 policiers blessés, et 574 arrestations, dont 179 mineurs, 45 femmes, 58 étrangers. Les Renseignements généraux ont soigneusement conservé jusqu'à aujourd'hui les 574 fiches des interpellés du 3 mai. Avec le recul, leur lecture est savoureuse, car on y retrouve, encore presque anonymes, des hommes qui depuis ont fait leur chemin, dont de futurs ministres de gauche... comme de droite. Bien sûr, les leaders sont embarqués : Alain Krivine, dirigeant trotskiste de la Jeunesse communiste révolutionnaire, Jacques Sauvageot, nº 1 de l'UNEF, l'incontournable Daniel Cohn-Bendit et Henri Weber (aujourd'hui sénateur PS ; mais on trouve aussi Brice Lalonde (fiché comme président de la Fédération des groupes d'études de lettres) et José Rossi, futur ministre UDF d'Édouard Balladur, présenté comme « membre du bureau exécutif de l'Association nationale des jeunes du Centre démocrate » et le fils de l'écrivain gaulliste de gauche David Rousset, que de Gaulle avait reçu une semaine plus tôt en lui disant : « Il faut condamner le capitalisme, la société capitaliste. Il faut la condamner expressément. Il faut condamner le communisme totalitaire. Il faut trouver une voie nouvelle, la participation ». Quelques futurs journalistes ou écrivains font partie du lot : Guy Hocquenghem, Bernard Guetta (actuel directeur de la rédaction du Nouvel Observateur, « déjà interpellé en 1964 lors d'affrontements contre des partisans de Tixier-Vignancour ») ou Hervé Chabalier (patron de l'agence Capa). Mai 68 a commencé.
* 23h00 : Les étudiants arrêtés dans l'après-midi commencent à être relâchés dans les commissariats où ils ont été conduits pour des contrôles d'identité et où vingt-sept d'entre eux, trouvés porteurs d'armes prohibées, sont placés en garde à vue.
* Minuit : Les meneurs étudiants, ceux dont l'arrestation a tout déclenché, sont libérés.

* 4 mai :

* 2h00 : Une première réunion des représentants de l'Union nationale des étudiants de France (UNEF), du Mouvement du 22 mars, de la Jeunesse communiste révolutionnaire (JCR, Alain Krivine et Henri Weber), du Comité de liaison des étudiants révolutionnaires (Cler), du Mouvement d'action universitaire (MAU, Jean-Marcel-Bouguereau et Jean-Louis Péninou) et de l'Union de la jeunesse communiste marxiste-léniniste (UJCml, Robert Linhardt) se tient dans les locaux de l'École Normale Supérieure pour décider de la riposte. Les pro-Chinois se désolidarisent très tôt, pour eux, le mouvement est piégé ; il faut l'arrêter, déserter le quartier Latin et chercher le contact avec le peuple. La jeune organisation maoïste invite ses militants à se détourner d'un mouvement dont elle ne contrôle pas la direction et lance un appel à constituer des « comités de défense contre la répression » afin d'éviter l'encerclement des étudiants au quartier Latin. Sans eux, sont décidées deux manifestations pour le lundi, une le matin pour soutenir les étudiants qui passent en conseil de discipline, une le soir à Denfert-Rochereau à 18 h 30.

À Paris
Numéro 1 de l'Enragé, dessin de Siné
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Numéro 1 de l'Enragé, dessin de Siné

* Le 3 mai, la Sorbonne, occupée par des manifestants et risquant une éventuelle attaque des mouvements étudiants d'extrême droite (comme Occident) est évacuée par une intervention policière musclée : plusieurs centaines d'étudiants sont arrêtés, dont Jacques Sauvageot, le dirigeant du principal syndicat étudiant. Cette intervention des forces de l'ordre à la Sorbonne est très mal vécue par les étudiants qui se pensaient protégés par le statut universitaire. (voir la chronologie, ci-dessus, pour plus de détails)
* Les étudiants réagissent aussitôt par des manifestations violentes contre les forces de l'ordre : jets de pavés, puis barricades. Ces manifestations reprennent ensuite à l'annonce de peines de prison pour les manifestants, pendant lesquelles commencent à fleurir les slogans libertaires.
* Le président du SNE-Sup (syndicat des enseignants du supérieurs), Alain Geismar, décide de soutenir les manifestants. Les membres du Parti communiste et des organisations d'extrême gauche sont d'abord pris de court (pour eux, la révolution est censée venir des ouvriers, et non des étudiants ; de plus, les revendications du mouvement du 22 mars leur paraissent « puériles » et « petit-bourgeoises » et surtout « gauchistes »). Après un moment de flottement, ils essayent toutefois de gagner les ouvriers à cette « révolte ». La CGT, pour sa part, ne les suit pas et son secrétaire général de l'époque, Georges Séguy, s'en explique devant les médias : « Cohn-Bendit qui est-ce ? Sans doute faites-vous allusion à ce mouvement lancé à grand renfort de publicité qui, à nos yeux, n'a pas d'autre objectif que d'entraîner la classe ouvrière dans des aventures en s'appuyant sur le mouvement des étudiants ». Mais la base de ces organisations traditionnelles de gauche dépasse leurs responsables.
* Le 13 mai une immense manifestation traverse Paris. Le Syndicat CFDT parle d'un million de manifestants. La préfecture de police n'en concède même pas deux cent mille. La grève s'étend rapidement dans le courant du mois : c'est la première grève générale sauvage de l'Histoire. C'est aussi la première fois qu'une grève générale paralyse un pays parvenu au stade de la société de consommation. Le Parti communiste dénonce les manifestations étudiantes, où il voit une manipulation de l'extrême-gauche. Durant les affrontements du Quartier Latin de Paris, un manifestant est tué d'un coup de couteau.
* La population, face à la repression policière, a tendance à prendre fait et cause pour les étudiants, malgré les barricades et les destructions de dizaines de voitures et du mobilier urbain.
* Le chef de l'État, le Général de Gaulle, en voyage officiel en Roumanie au début des événements, n'accorde initialement pas beaucoup d'attention à ces manifestations. Il laisse son Premier ministre Georges Pompidou s'en occuper. Celui-ci interrompt un autre voyage officiel en Afghanistan pour faire face à la situation. Il exige que les forces de police quittent la Sorbonne, afin de calmer la situation. On croit alors qu'il tergiverse et cède mais en réalité ce mouvement est tactique: il renverse les responsabilités sur les étudiants dont les excès perdent alors justification au regard de l'opinion (lettre citée par Raymond Aron dans ses Mémoires, p.667). De Gaulle reste à l'écart en se réservant la possibilité d'intervenir si besoin. Cependant, au plus fort de la contestation, de Gaulle disparaît pendant plusieurs heures, à la surprise générale. Cela plonge la majorité dans un certain désarroi. Il va consulter le général Massu en Allemagne, dans l'hélicoptère qui devait le conduire pour la fin de semaine à sa résidence de Colombey, afin de s'assurer du soutien de l'armée.
* Le Premier ministre Georges Pompidou propose de dissoudre l'Assemblée Nationale pour organiser de nouvelles élections législatives. Il estime avec justesse que le mouvement estudiantin, poursuivant la grève en dépit de l'accession à ses revendications, s'est rendu impopulaire. De Gaulle se range à cet avis et annonce la dissolution par la radio dans un discours bref qui change brusquement la donne (voir Charles de Gaulle pour quelques extraits). Mais ces jours porteront en leur sein le germe d'un refroidissement des relations entre Georges Pompidou et le Général de Gaulle.
* Le 30 mai est organisée une marche de soutien au gouvernement, menée par André Malraux et Michel Debré. Elle réunit trois cent mille manifestants selon la préfecture de police et un million selon les gaullistes.

En province

Dans les universités

Il y a des protestations virulentes.

Dans les lycées

Les étudiants sont à la base de ce mouvement

Dans les entreprises

Des grèves et occupations d'usine ont lieu jusqu'à mi-mai. Ce sont des grèves spontanées, la première a lieu à l'usine Sud aviation de Nantes le 14 mai.Le 22 mai, 10 millions de salariés ne travaillent pas (en grève ou empêchés de travailler. Les revendications sont à la fois traditionnelles (augmentation des salaires, meilleures conditions de travail) et nouvelles. Il s'agit en effet de revendications qualitatives (pour plus d'autonomie, responsabilité du salarié, forme de co-gestion des entreprises...).

Dans les administrations

Grève générale

Dans les lieux de culture et d'animation

Conséquences de Mai 68

Au plan politique

Les accords de Grenelle

Une augmentation de 35 % du SMIC (qui venait de remplacer le SMIG) à 600 F par mois et de 10 % des salaires, la réduction du temps de travail, sont entre autre conclues lors des accords de Grenelle, suite à des négociations menées en particulier par le jeune haut fonctionnaire Jacques Chirac, et la reprise du travail s'effectue progressivement au début du mois de juin. La police et la gendarmerie évacuent au fur et à mesure les différents lieux occupés. Un policier (écrasé par un camion) et deux ouvriers meurent durant les affrontements du début du mois de juin.

Dissolution de l'Assemblée nationale le 30 mai 1968

Les élections législatives de juin 1968 voient la très large victoire des gaullistes. On s'est beaucoup interrogé sur ce retournement de la peur, tant les médias donnaient l'impression que la population penchait pour le mouvement étudiant. Au fond personne à gauche n'avait donné l'impression de maîtriser ce qui se passait et la solution paraissait être provisoirement en dehors du mouvement, dans la stabilité institutionnelle.

Référendum sur la régionalisation et le rôle du Sénat du 27 avril 1969 et départ du Général de Gaulle

Le Général de Gaulle avait souhaité un référendum en mai 1968. Georges Pompidou avait plaidé et obtenu la dissolution de l'Assemblée nationale. De Gaulle ne renonce pas à son projet de référendum. Il perçoit que mai 1968 a mis en exergue un besoin de démocratie plus direct et plus proche du peuple. Il imagine de décentraliser certains lieux de décision et de refonder le Sénat en changeant profondément ses critères de recrutement. C'est l'objet de ce référendum. Il met tout son poids politique dans la balance en promettant de partir si les Français répondent « non ». Le non l'emporte avec 52,41 % (80,13 % de votants, 77,94 % de suffrages exprimés). Comme il l'avait indiqué, le Général De Gaulle part.

Au plan culturel, économique et social

D'une manière générale Mai 68 marque l'ouverture brutale de la culture française au dialogue social et médiatique, qui s'infiltrera dans tous les rouages de la société et de l'intimité familiale, et une étape importante de prise de conscience de la mondialisation de la société moderne (après les guerres « mondiales ») et de la remise en cause du modèle occidental de la « société de consommation ».

* L'une des principales influences de la révolution de mai 68 se situe au niveau socio-culturel, comme l'a reconnu François Mitterrand lors du 20e anniversaire de mai 68.

On assiste à une désaffection des Français pour la sphère publique et politique et pour le militantisme en général. Ce sera sans doute le lit de la fin de la peur de la gauche au pouvoir en 1980. Mai 68 est le chant du cygne du conflit « droite-gauche » qui n'existera plus que pour les partis politiques et les campagnes électorales.

Affiche anonyme
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Affiche anonyme

Les événements de mai 1968 marquent une division politique qui a des répercussions dans la société française. Par exemple, le schisme de l'université des sciences humaines de Lyon II. Actuellement, on situe parfois les personnalités politiques selon le « côté » des barricades où elles se situaient. Le qualificatif péjoratif de « gauchiste », créé par Lénine en 1920 (« La maladie infantile du communisme »), entre dans le langage courant.

De nouvelles valeurs apparaissent. Elles sont notamment centrées autour de l'autonomie, la primauté de la réalisation personnelle, la créativité, la pluridisciplinarité et la valorisation de l'individu impliquant le refus des règles traditionnelles de la société et la remise en cause de l'autorité. La redéfinition de nouvelles règles se construit autour de l'idée d'auto-gestion et du communautarisme. Le concept d'auto-gestion sera concurrencé par celui de co-gestion qui sera cher à Edgar Faure dans sa réforme de l'enseignement qui suivra et d'une manière générale très en vogue dans les organisations politiques inquiètes de cette évolution jugée « anarchique ».

* La libération sexuelle est l'un des grands thèmes de Mai 68, corrélativement à l'arrivée des contraceptifs modernes. Le féminisme aussi se développe, avec son mouvement le plus radical, le MLF, et joue un grand rôle dans l'implosion du militantisme traditionnel au profit de thèmes féministes comme l'autorisation de l'avortement, la remise en cause de la répartition des tâches dans le couple (« Qu'est-ce qui est plus long : faire cuire le steak d'un révolutionnaire ou celui d'un bourgeois ? »), la « naissance sans violence ».

* La dénonciation des régimes communistes réformistes (l'Archipel du Goulag, le Cri des pierres) se confirme. Cette désillusion sur le communisme, juste après un engagement politique intense, notamment des maoïstes et de l'extrême gauche qui apparurent un temps parmi les jeunes comme une alternative plus authentique, débouchera sur un pessimisme généralisé dans les milieux de gauche, un auto-dénigrement systématique de tout ce qui a pu exister avant la Révolution de Mai.

* Cette époque est soulignée par de « Nouveaux Philosophes » tels que Bernard-Henri Lévy. La dessinatrice humoriste Claire Bretécher a remarquablement illustré cet esprit avec sa publication hebdomadaire dans Le Nouvel Observateur intitulée « Les frustrés ». Yves Duteil chantera « L'important ce n'est pas ce qu'on fait qui compte, c'est l'histoire, la façon dont on la raconte... », suit une relecture de l'Histoire de France, et la mise en exergue de ses violences.

* L'influence de Mai 68 est manifeste dans la pédagogie scolaire en France. De disciple, l'élève devient un sujet pouvant intervenir dans la pédagogie dont il est l'objet. La dimension de la parole libre, du débat, s'accroît. La discipline autoritaire fait place à la participation aux décisions. Les enseignants ont été parfois déstabilisés dans l'idée qu'ils se faisaient de leur métier. On critiquera ensuite cette évolution jugée souvent trop permissive. Elle a aussi été à l'origine de la participation des élèves et des parents aux conseils de classe et de la redéfinition des règlements scolaires dans les établissements dès juin 1968.

* Dans le domaine économique et social

le conflit de la société des montres « Lip », conduit par Charles Piaget du Syndicat CFDT, à Besançon en 1973, sera une illustration très médiatisée de cette évolution, avec une expérience de mise en ½uvre de l'autogestion de l'entreprise qui fera couler beaucoup d'encre.

Cette influence aura aussi des conséquences en 1973 dans des mouvements de remise en cause de l'armée et de la force de frappe nucléaire et d'une manière générale dans les mouvements écologiques (Brice Lalonde) et anti-militaristes (la lutte contre l'extension du camp militaire des jeunes paysans du Larzac, dont est issu José Bové, le courant de la Non-violence) et les fameuses ONG comme « Médecins Sans Frontières » (Bernard Kouchner), directement issus de la prise de conscience planétaire des mouvements de Mai 68. C'est aussi la période de la naissance de l'idée de « Halte à la croissance ? » (1972) titre d'une publication du Club de Rome fondé en 1968.

Curieusement, si l'on en croit le magazine L'Expansion, le rythme annuel d'augmentation de la productivité « s'accrut » pendant les trois années qui suivirent Mai 68.

* Dans la presse

On peut noter l'enthousiasme de certaines plumes comme celle de Jacques-Arnaud Penent dans le journal Combat.

* Les chrétiens sont bouleversés par ces événements qu'ils perçoivent dans le sillage du Concile de Vatican II.

L'encyclique Humanæ vitæ, publiée en juillet 1968, est surtout connue pour son refus de la contraception.

La communauté ½cuménique des Frères de Taizé devient l'un des pôles structurant de ce bouleversement. Au début des années 1970, jusqu'à quarante mille jeunes, venus certes du monde entier, mais beaucoup de France, se rassemblent autour d'eux chaque semaine de Pâques dans le petit village bourguignon de Taizé, qui compte d'ordinaire cinquante habitants. Chacun est invité à participer au « Concile des jeunes ». On crée des « communautés de base » dans le monde communiste, comme dans le monde occidental ou en Amérique latine, à l'image des premiers chrétiens. Ces extraits de textes de Taizé expriment le bouleversement chrétien en écho aux événements de mai 68 : « Le Christ ressuscité vient animer une fête au plus intime de l'homme », « Il va nous donner assez d'imagination et de courage pour devenir signe de contradiction ». Ce « signe de contradiction » deviendra ultérieurement « signe de réconciliation ».

À cette époque s'amplifie également le mouvement des prêtres ouvriers et le mariage des prêtres. Surtout le nombre de pratiquants dans les églises occidentales traditionnelles va suivre une décroissance considérable et traumatisante pour les responsables religieux.

* La fin des années 1970 a été appelée par certain « l'ère du vide ». L'élection de François Mitterrand en 1981, sur le thème très mai 68 « Changer la vie », apparut comme une flambée d'espoir ou une crise de panique catastrophique, selon les courants, dans cette évolution politique en France. Mais cette attitude désillusionnée sur la classe politique reprendra le dessus et est encore très présente de nos jours avec des prises de position critiques, mais une méfiance croissante vis-à-vis du militantisme politique.

Quelques slogans

* Il est interdit d'interdire.
* L'imagination prend le pouvoir !
* À bas la société spectaculaire marchande.
* Ne travaillez jamais.
* Je prends mes désirs pour des réalités car je crois en la réalité de mes désirs.
* Fin de l'université.
* Vivre sans temps mort et jouir sans entrave.
* L'ennui est contre-révolutionnaire.
* Pas de replâtrage, la structure est pourrie.
* Nous ne voulons pas d'un monde où la certitude de ne pas mourir de faim s'échange contre le risque de mourir d'ennui (cette phrase tirée de Raoul Vaneigem, Traité de savoir-vivre à l'usage des jeunes générations, fut commentée largement par Thierry Maulnier, qui était membre de l'Académie française, et par le chroniqueur André Frossard, qui le deviendra).
* Ceux qui font les révolutions à moitié ne font que se creuser un tombeau.
* On ne revendiquera rien, on ne demandera rien. On prendra, on occupera.
* Plébiscite : qu'on dise oui qu'on dise non, il fait de nous des cons.
* Depuis 1936 j'ai lutté pour les augmentations de salaire. Mon père avant moi a lutté pour les augmentations de salaire. Maintenant j'ai une télé, un frigo, un VW. Et cependant, j'ai vécu toujours la vie d'un con. Ne négociez pas avec les patrons. Abolissez-les.
* Le patron a besoin de toi, tu n'as pas besoin de lui.
* Travailleur : tu as 25 ans mais ton syndicat est de l'autre siècle.
* Veuillez laisser le Parti communiste aussi net en sortant que vous voudriez le trouver en y entrant.
* Je suis marxiste tendance Groucho.
* Soyez réalistes, demandez l'impossible.
* On achète ton bonheur. Vole-le.
* Sous les pavés, la plage (au moment de l'érection des barricades, on avait retrouvé sous le macadam l'ancien pavement de Paris, et sous les pavés - immédiatement utilisés de la façon que l'on devine - le lit de sable sur lequel ils étaient posés. Le symbole était vraiment trop beau !).
* Autrefois, nous n'avions que le pavot. Aujourd'hui, le pavé.
* L'âge d'or était l'âge où l'or ne régnait pas. Le veau d'or est toujours de boue.
* La barricade ferme la rue mais ouvre la voie.
* Il n'y aura plus désormais que deux catégories d'hommes : les veaux et les révolutionnaires. En cas de mariage, ça fera des réveaulutionnaires.
* Le réveil sonne : PREMIÈRE humiliation de la journée !
* Imagine : c'est la guerre et personne n'y va !
* Laissez la peur du rouge aux bêtes à cornes.
* Cours camarade, le vieux monde est derrière toi.
* Les murs ont la parole.
* Élections, piège à cons.
* (sur une bouteille de poison) Presse : ne pas avaler.
* ORTF : La police vous parle tous les soirs à 20 heures.
* Prenez vos désirs pour la réalité.
* Nous sommes tous des Juifs allemands.

En réponse à la violente répression, des affiches sérigraphiées disent :

* Les CRS aussi sont des hommes : la preuve, ils violent les filles dans les commissariats.
* CRS=SS

Un slogan mérite une place spéciale : « Il est interdit d'interdire », au départ simple boutade lancée par le fantaisiste Jean Yanne, et qui sera ensuite reprise au premier degré, ce dont il se montrera surpris... et amusé.

Bibliographie

* Robert Merle, Derrière la vitre, Gallimard, 1970. Récit romancé de l'occupation de la salle des professeurs le 22 mars 1968 à l'université de Nanterre.
* Adrien Dansette, Mai 1968, Plon, 1971.
* Geneviève Dreyfus-Armand, Robert Frank, Marie-Françoise Lévy, Michelle zancarini-Fournel, Les années 1968. le temps de la contestation, Complexe, Bruxelles, 2000. Pour une approche des problématiques actuelles autour de mai-juin 1968.
* Alain Touraine, Le communisme utopique : le mouvement de mai 1968, Paris, Seuil, 1968 (postface de 1972).
* Bernard Préel, Les générations mutantes, Paris, La découverte, 2005.
* Collectif, Mai 68 à l'usage des moins de vingt ans, Arles, Babel, 1998.
* Collectif, Paroles de Mai, Luçon, Albin Michel, 1998.
* Daniel et Gabriel Cohn-Bendit, Le gauchisme remède à la maladie sénile du communisme, Paris, Seuil, 1968.
* Daniel Tartakowsky, Le pouvoir est dans la rue : Crises politiques et manifestations en France, Paris, Aubier, 1998.
* Henri Mendras, Voyage au pays de l'utopie rustique, Avignon, Editions Actes/Sud, collection espace-temps, 1979.
* Jean-Jacques Brochier et Bernd Oelgart, L'internationale étudiante, Paris, Julliard, 1968
* Kristin Ross, Mai 68 et ses vies ultérieures, « questions à l'histoire »,Bruxelles, Editions Complexe, 2005.
* Magazine hors série, Mai 68 l'album historique, Paris, Paris Match,1988.
* Gébé, L'an 01 (BD), Paris, Série bête et méchante,1972.
* Xavier Mabille, La Belgique depuis la Seconde Guerre Mondiale, CRISP, Bruxelles,2003.

Films

* Film précurseur : La chinoise de Jean-Luc Godard (1967)
* Mourir à 30 ans de Romain Goupil (1982)
* Innocents - the dreamers (The Dreamers) - Les rêveurs de Bernardo Bertolucci (2004)
* Grands soirs & petits matins de William Klein (sorti en 1978, mais filmé pendant les évènements)
* Milou en mai de Louis Malle (1990).
* Les Amants réguliers de Philippe Garrel (2005)
* Coup pour Coup de Marin Karmitz 1972
* L'an 01 de Gébé et Jacques Doillon 1972

Chansons

* Paris mai de Claude Nougaro (octobre 1968, Philips)
* La Révolution et La Faute à Nanterre par Évariste et les choeurs du CRAC (mai 1968, CRAC).
* Crève Salope de Renaud Séchan (Jamais édité)

Voir aussi

* anarchisme
* Catégorie:Mai 1968
* Daniel Cohn-Bendit
* Extrême gauche
* Marcel Gauchet
* Général de Gaulle
* Gauchisme
* Internationale Situationniste
* Luxembourgisme
* Maoisme
* Mouvement du 22 mars
* Mouvements révolutionnaires
* Massacre de Tlatelolco
* Georges Pompidou
* Trotskysme
* Université de Paris X

Liens externes

* Archives de l'INA
* Un autre mai 68
* Les maximes de Mai 68
* Slogans de mai 68
* site d'un collectionneur de slogans de mai 1968.
* Increvables anarchistes
* Discours de De Gaulle
* De Gaulle et Mai 68
* Mai 68 : révolution éphémère ou mutation profonde de la société?
* La CNT en Mai 1968
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# Posté le mardi 29 août 2006 17:44

histoire courte de la police en france

histoire courte de la police en france
En France

Il n'y eut pas en France de police -dans l'acception moderne du terme- avant le XVIIe siècle. Les auxiliaires de justice, sergents et archers, étaient mal payés et parfois incompétents. Les juges, note Arlette Lebigre, ne s'intéressaient guère à la chasse aux brigands, dangereuse et peu lucrative, contrairement aux procès civils, tandis que les malfaiteurs savaient jouer de l'enchevêtrement des juridictions et des compétences. Au XVIe siècle, la maréchaussée, police des armées, devient la police des campagnes... souvent plus nuisible que les voleurs eux-mêmes. Dans les villes médiévales, les autorités organisaient des rondes de nuit (guet); mais c'était souvent les habitants qui remettaient les suspects aux mains de la justice. Aux XVIe et XVIIe siècles, cette solidarité laissa la place à la peur et à l'indifférence. Les misérables affluaient des campagnes, submergeant les villes. LesEn France

Il n'y eut pas en France de police -dans l'acception moderne du terme- avant le XVIIe siècle. Les auxiliaires de justice, sergents et archers, étaient mal payés et parfois incompétents. Les juges, note Arlette Lebigre, ne s'intéressaient guère à la chasse aux brigands, dangereuse et peu lucrative, contrairement aux procès civils, tandis que les malfaiteurs savaient jouer de l'enchevêtrement des juridictions et des compétences. Au XVIe siècle, la maréchaussée, police des armées, devient la police des campagnes... souvent plus nuisible que les voleurs eux-mêmes. Dans les villes médiévales, les autorités organisaient des rondes de nuit (guet); mais c'était souvent les habitants qui remettaient les suspects aux mains de la justice. Aux XVIe et XVIIe siècles, cette solidarité laissa la place à la peur et à l'indifférence. Les misérables affluaient des campagnes, submergeant les villes. Les cours des miracles se multipliaient dans Paris.

Naissance de la police à la l'époque moderne
Voir l'article Lieutenant général de police.

Dans son acception moderne, le terme de police revêt une réalité très large : associé dans la formule médiévale, au notion de « justice » et de « finance », il désigne des tâches multiples, édilitaires, sanitaires, économiques, de la cité au royaume, dont l'expansion est partie liée à celle des villes. Progressivement, la police est l'ordre en toute chose dans la cité. Plus généralement, elle est aussi l'administration des sociétés dites policées. C'est l'emploi qu'en fait Louis Sébastien Mercier dans son Tableau de Paris, en évoquant les lois qui régissent la vie urbaine. A la fin du siècle, le terme se précise et tend à s'approcher de l'acception contemporaine : non plus l'administration, mais une part de celle-ci, qui obéit à deux missions principales : surveiller et punir.

Le 24 août 1665, le lieutenant criminel Tardieu et sa femme sont assassinés chez eux par des voleurs. Colbert et Louis XIV réagissent en séparant à Paris la police de la justice et en la plaçant sous l'autorité d'un lieutenant de police (édit de 1667). La police était née. La Reynie fut le premier lieutenant de police, en fait une sorte de gouverneur de Paris. Sa tâche, colossale, était de lutter contre la pègre et de la surveiller, mais aussi de mettre sur pied une véritable administration centralisée. Ses principales missions revenaient à faire respecter les édits, jusque là lettre morte, réglementer le commerce, les manufactures, organiser des secours en cas d'incendie, assurer l'hygiène des rues, l'approvisionnement et la stabilité des prix. Il lui fallait encore veiller à la censure et à l'information du pouvoir. Il augmenta les effectifs du guet et le nombre de rondes de nuit ; il fit raser la Cour des miracles. Il réussit à se faire obéir par les commissaires au Châtelet, dont il augmenta le nombre afin de les répartir dans tous les quartiers de Paris. Mieux payés, ils devaient rendre compte chaque jour de leurs activités.

À la fin de l'Ancien Régime, le lieutenant de police occupe un poste très politique. Véritable ministre sans le titre, il lui faut naviguer entre la Cour, le Parlement, mais aussi une opinion publique très frondeuse. En 1753, la moitié du budget de la police parisienne servait à rémunérer les indicateurs. Le lieutenant de police d'Argenson fit ficher les personnalités. Leur correspondance transitait par un Cabinet noir. Quant au peuple de Paris, il était exaspéré par les contrôles tatillons et la corruption de la police.


Une police surtout politique

L'ancienne police s'évanouit en 1789. Après la chute de la royauté en août 1792, le Comité de sûreté générale et les autres polices révolutionnaires, promptes à alimenter la guillotine, se substituent à l'éphémère garde nationale élue. En 1795, de Terreur en Contre-terreur, la police est totalement désorganisée. Le Directoire crée le ministère de la Police générale, mais la police dépend en fait des autorités locales. Pire, le ministère de la Police (c'est-à-dire Fouché) finança en partie le coup d'État du 18 brumaire, estime Denis Woronoff. Bonaparte, premier Consul, entreprend de constituer une police à sa dévotion, dont il nomme lui-même les commissaires. Il crée la Préfecture de police de Paris, héritière de la Lieutenance générale. Fouché, pendant les dix ans de son "règne", s'intéressera presque exclusivement à la police politique. Sous la Restauration, le ministère de la Police générale est supprimé (il sera rétabli par Napoléon III). La Préfecture de police étend alors son action jusqu'en Province, tandis que le caractère policier du pouvoir s'accentue encore. C'est pourtant à la toute fin de la Restauration qu'est créé le "sergent de ville", au service de la sécurité et de la prévention. Mais sous la monarchie de Juillet, cette nouvelle forme de police se voit détournée de sa fonction première. Avec Napoléon III, la police politique prospère, aux dépens de la police judiciaire, souligne A. Lebigre. En 1858 l'attentat d'Orsini contre l'Empereur est l'occasion d'une vague de répression. Durant tout le second Empire, les effectifs de la police sont passés de 5000 à 12 000 hommes, mais cela s'explique en partie par la croissance des villes, considère Alain Plessis. La Révolution industrielle, de par les conditions de vie inhumaine du prolétariat, alimente la délinquance et l'esprit de révolte. De 1826 à 1880, la criminalité aurait quadruplé. Les Renseignements généraux, créés en 1855, travaillent à prendre la température de l'opinion publique, mais aussi à surveiller les personnalités et à traquer les opposants ainsi que les propagateurs du socialisme. À la fin du XIXe siècle la police est pour la première fois confrontée, avec les anarchistes, au terrorisme international. Pour avoir refusé la grâce de l'anarchiste Vaillant, le président Sadi Carnot est ainsi poignardé le 24 juin 1894 par Caserio.

La police au XIXe et XXe siècles

La police connaît des héritages parfois pesants. La Belle Époque est aussi celle des Apaches, qui narguent la police, des bandes organisées qui écument la province. En 1907, Le [[Petit journal]] faisait du triplement en 50 ans de la "criminalité juvénile" la une de son supplément illustré. Georges Clemenceau crée en 1907 les premières brigades mobiles de la PJ, les "brigades du Tigre". C'est désormais la guerre entre la Sûreté générale, autonome depuis 1877, dont dépendent, outre ces brigades, RG et contre-espionnage, et la Préfecture de police. De fait, coexistent en France différentes polices, créées au fur et à mesure des besoins sans coordination entre elles. Afin d'en faire un instrument docile, Vichy travaillera à unifier et à réorganiser la police par la loi de 1941, dont les gouvernements de la IVe République conserveront certains aspects. Si des policiers participeront à la Résistance, la rafle du vélodrome d'hiver sera menée à bien par des fonctionnaires de police français. Maurice Papon, ancien collaborateur, sera préfet de police de 1958 à 1966. Il écrasera dans le sang la manifestation pro-FLN du 17 octobre 1961. (voir le massacre du 17 octobre.)

Plus généralement, la préfecture de Police se trouve mêlée sous la Ve République à de nombreux scandales, en raison de sa grande autonomie d'action. En 1966, elle se voit fondue avec la Sûreté générale dans la Police nationale. En 1968, le sang-froid du préfet de police Maurice Grimaud explique le faible nombre des victimes des affrontements entre étudiants et CRS.

Actuellement la police est confrontée à la montée de la petite et moyenne délinquance comme aux nouvelles formes de criminalité organisée, liées aux trafics mondiaux et à l'informatique. On lui demande de pallier, par la répression ou la prévention, les carences de la socialisation, voire d'incarner à elle seule l'État dans certains quartiers. Tandis que la Gauche insiste sur le rôle de la police de proximité, la droite a voulu privilégier la répression.
Voir l'article Police nationale (France)#Historique.

Bibliographie

* Michel Auboin, Arnaud Teyssier et Jean Tulard, La police, Histoire et dictionnaire. (Editions Robert Laffont, 2005).
* Hélène L'Heuillet, Basse politique, haute police, une approche philosophique et historique, Fayard, 2001, 434 p.
* Paola Napoli, Naissance de la police moderne, pouvoir, norme, société, La Découverte, 2003, 307 p.
* Maurice Rajsfus et Jean-Luc Einaudi, Les Silences de la police. 16 juillet 1942, 17 octobre 1961., L'Esprit frappeur, 2001, ISBN 2844051731, 85 pages.


cours des miracles se multipliaient dans Paris.

Naissance de la police à la l'époque moderne
Voir l'article Lieutenant général de police.

Dans son acception moderne, le terme de police revêt une réalité très large : associé dans la formule médiévale, au notion de « justice » et de « finance », il désigne des tâches multiples, édilitaires, sanitaires, économiques, de la cité au royaume, dont l'expansion est partie liée à celle des villes. Progressivement, la police est l'ordre en toute chose dans la cité. Plus généralement, elle est aussi l'administration des sociétés dites policées. C'est l'emploi qu'en fait Louis Sébastien Mercier dans son Tableau de Paris, en évoquant les lois qui régissent la vie urbaine. A la fin du siècle, le terme se précise et tend à s'approcher de l'acception contemporaine : non plus l'administration, mais une part de celle-ci, qui obéit à deux missions principales : surveiller et punir.

Le 24 août 1665, le lieutenant criminel Tardieu et sa femme sont assassinés chez eux par des voleurs. Colbert et Louis XIV réagissent en séparant à Paris la police de la justice et en la plaçant sous l'autorité d'un lieutenant de police (édit de 1667). La police était née. La Reynie fut le premier lieutenant de police, en fait une sorte de gouverneur de Paris. Sa tâche, colossale, était de lutter contre la pègre et de la surveiller, mais aussi de mettre sur pied une véritable administration centralisée. Ses principales missions revenaient à faire respecter les édits, jusque là lettre morte, réglementer le commerce, les manufactures, organiser des secours en cas d'incendie, assurer l'hygiène des rues, l'approvisionnement et la stabilité des prix. Il lui fallait encore veiller à la censure et à l'information du pouvoir. Il augmenta les effectifs du guet et le nombre de rondes de nuit ; il fit raser la Cour des miracles. Il réussit à se faire obéir par les commissaires au Châtelet, dont il augmenta le nombre afin de les répartir dans tous les quartiers de Paris. Mieux payés, ils devaient rendre compte chaque jour de leurs activités.

À la fin de l'Ancien Régime, le lieutenant de police occupe un poste très politique. Véritable ministre sans le titre, il lui faut naviguer entre la Cour, le Parlement, mais aussi une opinion publique très frondeuse. En 1753, la moitié du budget de la police parisienne servait à rémunérer les indicateurs. Le lieutenant de police d'Argenson fit ficher les personnalités. Leur correspondance transitait par un Cabinet noir. Quant au peuple de Paris, il était exaspéré par les contrôles tatillons et la corruption de la police.


Une police surtout politique

L'ancienne police s'évanouit en 1789. Après la chute de la royauté en août 1792, le Comité de sûreté générale et les autres polices révolutionnaires, promptes à alimenter la guillotine, se substituent à l'éphémère garde nationale élue. En 1795, de Terreur en Contre-terreur, la police est totalement désorganisée. Le Directoire crée le ministère de la Police générale, mais la police dépend en fait des autorités locales. Pire, le ministère de la Police (c'est-à-dire Fouché) finança en partie le coup d'État du 18 brumaire, estime Denis Woronoff. Bonaparte, premier Consul, entreprend de constituer une police à sa dévotion, dont il nomme lui-même les commissaires. Il crée la Préfecture de police de Paris, héritière de la Lieutenance générale. Fouché, pendant les dix ans de son "règne", s'intéressera presque exclusivement à la police politique. Sous la Restauration, le ministère de la Police générale est supprimé (il sera rétabli par Napoléon III). La Préfecture de police étend alors son action jusqu'en Province, tandis que le caractère policier du pouvoir s'accentue encore. C'est pourtant à la toute fin de la Restauration qu'est créé le "sergent de ville", au service de la sécurité et de la prévention. Mais sous la monarchie de Juillet, cette nouvelle forme de police se voit détournée de sa fonction première. Avec Napoléon III, la police politique prospère, aux dépens de la police judiciaire, souligne A. Lebigre. En 1858 l'attentat d'Orsini contre l'Empereur est l'occasion d'une vague de répression. Durant tout le second Empire, les effectifs de la police sont passés de 5000 à 12 000 hommes, mais cela s'explique en partie par la croissance des villes, considère Alain Plessis. La Révolution industrielle, de par les conditions de vie inhumaine du prolétariat, alimente la délinquance et l'esprit de révolte. De 1826 à 1880, la criminalité aurait quadruplé. Les Renseignements généraux, créés en 1855, travaillent à prendre la température de l'opinion publique, mais aussi à surveiller les personnalités et à traquer les opposants ainsi que les propagateurs du socialisme. À la fin du XIXe siècle la police est pour la première fois confrontée, avec les anarchistes, au terrorisme international. Pour avoir refusé la grâce de l'anarchiste Vaillant, le président Sadi Carnot est ainsi poignardé le 24 juin 1894 par Caserio.

La police au XIXe et XXe siècles

La police connaît des héritages parfois pesants. La Belle Époque est aussi celle des Apaches, qui narguent la police, des bandes organisées qui écument la province. En 1907, Le [[Petit journal]] faisait du triplement en 50 ans de la "criminalité juvénile" la une de son supplément illustré. Georges Clemenceau crée en 1907 les premières brigades mobiles de la PJ, les "brigades du Tigre". C'est désormais la guerre entre la Sûreté générale, autonome depuis 1877, dont dépendent, outre ces brigades, RG et contre-espionnage, et la Préfecture de police. De fait, coexistent en France différentes polices, créées au fur et à mesure des besoins sans coordination entre elles. Afin d'en faire un instrument docile, Vichy travaillera à unifier et à réorganiser la police par la loi de 1941, dont les gouvernements de la IVe République conserveront certains aspects. Si des policiers participeront à la Résistance, la rafle du vélodrome d'hiver sera menée à bien par des fonctionnaires de police français. Maurice Papon, ancien collaborateur, sera préfet de police de 1958 à 1966. Il écrasera dans le sang la manifestation pro-FLN du 17 octobre 1961. (voir le massacre du 17 octobre.)

Plus généralement, la préfecture de Police se trouve mêlée sous la Ve République à de nombreux scandales, en raison de sa grande autonomie d'action. En 1966, elle se voit fondue avec la Sûreté générale dans la Police nationale. En 1968, le sang-froid du préfet de police Maurice Grimaud explique le faible nombre des victimes des affrontements entre étudiants et CRS.

Actuellement la police est confrontée à la montée de la petite et moyenne délinquance comme aux nouvelles formes de criminalité organisée, liées aux trafics mondiaux et à l'informatique. On lui demande de pallier, par la répression ou la prévention, les carences de la socialisation, voire d'incarner à elle seule l'État dans certains quartiers. Tandis que la Gauche insiste sur le rôle de la police de proximité, la droite a voulu privilégier la répression.
Voir l'article Police nationale (France)#Historique.

Bibliographie

* Michel Auboin, Arnaud Teyssier et Jean Tulard, La police, Histoire et dictionnaire. (Editions Robert Laffont, 2005).
* Hélène L'Heuillet, Basse politique, haute police, une approche philosophique et historique, Fayard, 2001, 434 p.
* Paola Napoli, Naissance de la police moderne, pouvoir, norme, société, La Découverte, 2003, 307 p.
* Maurice Rajsfus et Jean-Luc Einaudi, Les Silences de la police. 16 juillet 1942, 17 octobre 1961., L'Esprit frappeur, 2001, ISBN 2844051731, 85 pages.
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# Posté le mardi 29 août 2006 17:59

un 17 octobre 61

un 17 octobre 61
Massacre des Algériens à Paris
Massacre des Algériens à Paris (aussi appelé « Massacre du 17 octobre ») a débuté le 17 octobre 1961, pour continuer durant quatre jours dans plusieurs centres de détention. Selon les estimations, entre 32 et 325 Nord-Africains sont morts sous les coups de la police de Paris, alors sous les ordres du préfet de police de Paris, Maurice Papon.
Les prémices

Bien avant la nuit du 17 octobre, la tension entre les membres du FLN et la police est déjà importante. Les nombreux attentats visant des policiers attisent la colère des forces de l'ordre. Au total, 22 policiers trouvent la mort dans les attentats du FLN de janvier à octobre 1961, alors qu'il n'y en a eu que 9 pour toute l'année 1960.

Alors que le gouvernement français tente par tous les moyens de tempérer les relations avec le FLN pour élaborer les Accords d'Évian, notamment en n'exécutant plus aucun membre du FLN, la police considère cela comme un sabotage de son autorité. Des groupes de policiers se forment donc et sur leur temps libre ils pratiquent des passages à tabac et des exécutions sur des nord Africains. Un pic de 54 cadavres de nord Africains sera recensé par l'Institut médico-légal du 1er au 16 octobre 1961.

Le Président de la république, le général Charles de Gaulle, considère que tous ces attentats du FLN sont un moyen de pression exercé sur l'État français. Ordre est donc donné à Maurice Papon, alors préfet de police de Paris, d'empêcher par tous les moyens les membres du FLN de se réunir et de manifester. Le préfet de police lance une série de mesures accroissant considérablement les contrôles divers et variés sur la population nord africaine. Elle est de plus en plus harcelée et humiliée par la police. Certains disparaissent même mystérieusement après une rafle des forces de l'ordre. À l'enterrement d'un policier tué dans un attentat du FLN, Maurice Papon dit : « Pour un coup reçu, nous en porterons dix ». Et il assure à ses hommes que s'ils ouvrent le feu les premiers, ils seront « couverts ».

Le massacre

C'est dans cette ambiance qu'il décide le 5 octobre d'effectuer un couvre-feu, fixé de 20h30 à 5h30, pour tous les « Français musulmans d'Algérie » de la région parisienne.

Voulant manifester contre cette mesure, les dirigeants du FLN décident d'organiser des manifestations pacifistes la nuit, en plein couvre-feu. Tous les Algériens de la région parisienne, femmes et enfants (même en très bas âge), sont alors « vivement invités », bien souvent sous la contrainte, à venir manifester pacifiquement contre la mesure.

Maurice Papon donne l'ordre d'intercepter tous les Algériens et de les empêcher par tous les moyens de participer à la manifestation. Des contrôles sont effectués dans tous les grands points de passage de Paris. De nombreux nord Africains sont frappés et emmenés dans des centres de détention (dont le Centre d'Identification de Vincennes), où ils subissent des passages à tabac, ce qui pour certains se terminera par la mort.

Près du Pont Saint-Michel, les manifestants se heurtent à la police, de nombreux nord Africains sont alors frappés par les officiers de police, certains, inconscients ou morts sont alors jetés dans la Seine.

Des faux messages d'information sont même diffusés durant la nuit, relatant des échanges de coups de feu avec les manifestants et l'annonce de la mort de plusieurs policiers. Tous ces messages n'avaient qu'un seul but, attiser encore plus la colère des forces de l'ordre à l'encontre des nord Africains.

Dans la presse

Élie Kagan est le seul journaliste français à « couvrir » la manifestation des Algériens. Il est reporter-photographe free-lance et est mandaté par le journal Témoignage Chrétien, issu de la Résistance et pionnier de la décolonisation. Le massacre aura un second témoin en la personne de René Dazy, journaliste à Libération venu récupérer son scooter.

Les seules preuves visuelles du massacre sont l'½uvre d'Élie Kagan (seul à avoir pris des photos) et de journalistes américains qui tournèrent un film. Élie Kagan est arrêté par la police, son appareil et ses films confisqués. Il passe la fin de la nuit au poste. Georges Montaron, directeur de Témoignage chrétien, vient le chercher à la première heure au commissariat et les deux hommes parcourent les rues à la recherche des films abandonnés par Élie Kagan (sa première bobine a été remise à René Dazy), qui est sous le choc. Georges Montaron décide de rechercher d'autres témoins du massacre : il trouvera un témoin clef en la personne d'un jeune aumônier du service de Santé des Armées.

Son témoignage sera publié dans le numéro suivant de Témoignage Chrétien (daté du 27 octobre). Cette édition consacrera un dossier complet au massacre des Algériens, avec un éditorial d'Hervé Bourges, qui vient d'être promu rédacteur en chef. C'est une photo pleine page d'Élie Kagan qui fait la Une du journal chrétien : on y voit un manifestant en sang soutenu par un journaliste américain. A l'intérieur, d'autres photos d'Élie Kagan comme cet Algérien touché d'une balle à la station de métro Solférino. D'autres photos de lui paraîtront dans le journal de gauche France Observateur. Curieusement si Témoignage chrétien est souvent saisi par Maurice Papon, et Georges Montaron poursuivi devant les tribunaux, ce numéro-là ne sera pas saisi.

Progressivement le reste de la presse, et même Le Figaro, publient des articles sur les exactions commises par la police.

La radio, par contre, ne révèlent pas les événements. La télévision française raille la presse américaine, accusée d'avoir affirmé que « la Seine charriait des cadavres d'Algériens ».

Le 26 octobre, Georges Montaron, directeur de Témoignage Chrétien, Claude Bourdet, directeur de France Observateur, Emmanuel d'Astier de la Vigerie, directeur de Libération, le RP Avril, directeur de Télérama, le Pasteur Lochard, Jean-Marie Domenach, directeur de la revue Esprit, Jean Schaeffert et André Souquière, organisent à la Mutualité, un meeting pour « protester contre les violences policières et la répression de la manifestation du 17 octobre 61 à Paris ».

L'oubli ?

Au lendemain du 17 octobre, certains responsables politiques et journalistes s'indignent de la violence des forces de police. Mais tout comme les crimes commis de part et d'autre durant la guerre d'Algérie, le massacre des Algériens à Paris fut très vite rayé de la mémoire collective française.

En plus de cela, l'État, pendant de nombreuses années, fit tout pour empêcher que la vérité voie le jour. La création d'une commission d'enquête parlementaire, demandée par les parlementaires socialistes et communistes, est bloquée, la publication de plusieurs livres interdite, les bandes d'un documentaire furent saisies par la police (toujours sous les ordres de Maurice Papon). Jusqu'en 1981, la radio et la télévision, contrôlées par l'État, n'en parlent pas.

Les partis de la gauche française est accusée d'avoir également participé à cet oubli. Le Parti communiste français notamment, aurait fait passer l'événement de Charonne comme la réponse la plus violente de la police sur des manifestants pacifiques. Dans Charonne, 8 février 1962, l'historien Alain Dewerpe cite de nombreux propos tenus par des hommes politiques ou journalistes de gauche, notamment communistes, au cours des années 1970 et 1980, évoquant les massacres d'octobre. Il juge qu'au contraire, au cours des années 1990, c'est le 17 octobre qui a occulté Charonne, tout en laissant entrevoir la possibilité que cesse cette concurrence des victimes.

La reconnaissance

Ce n'est que dans le milieu des années 1970 et le début des années 1980 que l'on peut voir les livres relatant le massacre du 17 octobre.

L'écrivain Didier Daeninckx publie en 1984 le roman Meurtres pour mémoire, qui évoque sans le nommer Maurice Papon, en liant un ancien collaborateur au massacre de 1961.

La véritable médiatisation du massacre des Algériens à Paris viendra étrangement avec un procès en diffamation que Maurice Papon attente au journaliste Jean-Luc Einaudi. Ce dernier a publié un livre dans lequel il relate très fidèlement les événements du 17 octobre. Son travail se base sur de nombreux témoignages (aussi bien d'Algériens que de policiers présents) et de documents du FLN. Il ne peut consulter les archives de la police de Paris, faute d'avoir les autorisations nécessaires. Mais ce n'est pas pour la publication de son livre que Maurice Papon porte plainte, mais pour celle d'un article qu'il a écrit et publié dans le journal Le Monde. L'ancien préfet de police perd son procès et c'est avec ce dernier que le massacre du 17 octobre revient véritablement sur le devant de la scène médiatique.

Il faut attendre le 17 octobre 2001, quarante ans jour pour jour après les faits, pour qu'un élu reconnaisse officiellement le massacre des Algériens à Paris. C'est le maire de Paris, le socialiste Bertrand Delanoë, qui inaugure la plaque commémorative sur le pont Saint-Michel. Aucun représentant de la droite municipale ne désira participer à la célébration.

Le jour même, l'après-midi, à l'Assemblée nationale, le secrétaire d'État à la Défense chargé des anciens combattants Jacques Floch évoqua notamment à propos des événements du 17 octobre « un couvre-feu appliqué sur la base du faciès ». La plupart des députés du RPR et de Démocratie libérale ont alors quitté l'Assemblée nationale, critiquant la « récupération politique » d'un tel évènement.

Responsabilité de l'État français

La responsabilité de l'État français ne s'arrête pas à Maurice Papon, elle va bien au-delà. Tacitement, les plus hauts responsables politiques en place (principalement Michel Debré alors premier ministre et Charles de Gaulle) laissent à Maurice Papon la liberté de répondre par la force au problème du terrorisme du FLN en France.

Bibliographie

* Didier Daeninckx, Meurtres pour mémoire, éd. Gallimard 1984, ISBN 2070406490
* Alain Dewerpe, Charonne, 8 février 1962. Anthropologie historique d'un massacre d'État, éd. Gallimard, coll. « Folio »-histoire, 2006
* Jean-Luc Einaudi, La bataille de Paris : 17 octobre 1961, éd. du Seuil, 1991, ISBN 2020135477

Filmographie

* Une Journée portée disparue, documentaire de Philip Brooks et Alan Hayling, 1992, 60 min couleur.
* Nuit noire 17 octobre 1961, film de Alain Tasma sorti en 2005.
* Mémoires du 17 octobre, documentaire de Faïza Guène et Bernard Richard (Les Engraineurs) sorti en 2002, 17 min couleur [1].

Référence

1. ↑ (fr) Mémoires du 17 octobre, sur le site du Festival Côté Court

Voir aussi

* Ratonnade

Liens externes

* (fr) Site de l'association 17 octobre 1961 : contre l'oubli
* (fr) Les « ratonnades » du 17 octobre 1961, dossier du journal L'Express
* (fr) Dans la Presse : Georges Montaron et le 17 octobre 1961
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# Posté le mardi 29 août 2006 18:04

hitoire de roms

hitoire de roms
Rroms
Les Rroms (ou Rroma, Rom, Roma), sont appelés en français Gitans, Tziganes ou Tsiganes, Manouches, Romanichels, Bohémiens, Sinti, Gens du voyage.

Ce peuple est originaire des régions situées entre le nord-ouest de l'Inde et le plateau iranien, et se trouve aujourd'hui dispersé partout, et surtout en Europe. La plupart des Rroms parlent le rromani, une langue étroitement apparentée aux langues modernes indo-européennes de l'Europe, et plus particulièrement aux langues indo-iraniennes du Pakistan et du nord-ouest de l'Inde [1], mais en général les Rroms parlent aussi la langue dominante de la région dans laquelle ils vivent, voire plusieurs langues. Ainsi, par exemple, les Rroms de Prizren au Kosovo parlent quotidiennement quatre langues dès leur plus jeune âge : l'albanais, le rromani, le serbo-croate et le turc. En Slovaquie, beaucoup de Rroms parlent à la fois le rromani, le slovaque et le hongrois. Les linguistes modernes ont rattaché le rromani au punjabi, et particulièrement au dialecte du Pothohar, parlé principalement au Pakistan et dans une moindre mesure dans le nord-ouest de l'Inde.
Nom Les Rroms sont souvent connus en français comme :

* des Gitans, une dérivation du mot "Égyptiens", d'après une ancienne croyance qu'ils venaient d'Égypte. Cet ethnonyme n'a jamais été utilisé par les Rroms pour se décrire eux-mêmes. Le terme Gitan a longtemps été associé à la persécution, et a acquis une connotation péjorative. Ils furent donc appelés Égyptiens en France (pour exemple Zerbinette, « crue égyptienne, et reconnue fille d'Argante, et amante de Léandre » dans Les Fourberies de Scapin). Les Anglais choisirent Gypsies (évolution de Egypsies) et les Espagnols Gitanos (évolution de Egi[p]tanos).
* des Tziganes, terme probablement dérivé du grec Ατσίνγανος (« qui ne touche pas »), du nom d'une secte de manichéens venus de Phrygie. Cette dénomination a donné Zigeuner en allemand, Cigány en hongrois, Zingaro en italien, etc. Le français connaît deux orthographes du mot : Tzigane et Tsigane. Les Tziganes préfèrent le S au Z, ce dernier évoquant trop douloureusement le Z (pour Zigeuner) tatoué par les SS dans les camps de concentrations; cependant, l'usage du Z est plus courant en français, et recommandé par l'Académie française.
* On appelait autrefois certains groupes tziganes Bohémiens, ou Boumians. Le roi de Bohême leur avait en effet accordé un passeport qu'ils montraient en Europe.

Il n'y a aucun rapport entre les noms des Rroms ou le nom de leur langue, le rromani, avec la ville de Rome (Roma en latin, italien et roumain), l'Empire romain, la Roumanie, les Romains, les Roumains ou leurs langues.
Gitane avec tambour basque(½uvre de William Bouguereau - XIXe siècle)
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Gitane avec tambour basque
(½uvre de William Bouguereau - XIXe siècle)

Dans les langues d'Europe, les Rroms sont connus sous différents ethnonymes :

* albanais : Cigan, Maxhup, Gabel, Arixhi, Jevg
* arménien : Gnchou
* bosniaque et croate : Romi ou Cigani
* bulgare : Цигани (Tsigani)
* tchèque : Cikáni
* danois : Sigøjner
* espagnol : Gitano, Calé
* anglais : Gypsies
* flamand et allemand : Zigeuner
* finnois : Mustalainen or Romani
* français : Gitans, Tziganes/Tsiganes, Manouches, Romanichels, Bohémiens, Sinti, Gens du Voyage
* grec : Τσιγγάνοι (Tsingánoi)
* hongrois : Cigány
* italien : Zingari
* lithuanien : Čigonai
* letton : Čigāni
* norvégien : Sigøyner
* polonais : Cyganie
* portugais : Cigano
* roumain : Rromi ou Ţigani
* russe : Цыгане (Tsyganye)
* slovaque : Cigáni
* serbe et macédonien : Роми ou Цигани (Romi ou Cigani)
* suédois : Zigenare
* turc : Çingene
* yiddish : ציגײַנער ‬(Tsigayner ou Tsiganer)

* Iran : کولی (Kowli)
* Inde : Lambani, Lambadi, ou Rabari
* En arabe : Ghajar, ou Nawar
* En hébreu : צוענים (Tso-a-nim) (pl.) ou צועני (Tso-a-ni) (sing.)
* En gallois ils sont connus comme "Sipsiwn" qui vient de l'anglais "Gypsy".

Il y a un mouvement récent d'adopter l'écriture avec deux "r" plutôt qu'un, pour le nom du peuple et celui de la langue, les deux phonèmes étant distincts en (r)romani. Quelques Rroms disent que c'est une prononciation inexacte, jamais adoptée par les Rroms, et rejetée par le dernier congrès Rrom, qui a définit l'alphabet rromani pour la langue rromani. D'autres se rangent à la double écriture du "r" comme étant politiquement correcte (ou au moins neutre).

Beaucoup de Rroms se désignent par un nom générique, Rom (qui signifie "homme" ou "mari").
Langue

L'analyse du rromani a montré qu'il est apparenté aux langues parlées dans le nord du Pakistan et dans le nord-ouest de l'Inde, comme au Pothohar et au Panjâb. Les emprunts linguistiques du rromani rendent possible le suivi de leur migration vers l'Ouest.

Quelques Rroms ont développé une langue créole ou une langue mixte, y compris:

* Ibéro-rromani (Caló), qui utilise le vocabulaire rromani et la grammaire espagnole (le calé). Il est la source de nombreux mots en argot espagnol ou cant.
* Lomavren ou arméno-rromani
* Angloromani ou anglo-rromani
* Rromano-Grec ou greco-rromani
* Norvégien Nomade ou norvégo-rromani
* Rromano-serbe ou serbo-rromani
* Boyash, un dialecte roumain avec des emprunts au hongrois et au rromani
* Tavringer Rromani ou suédo-rromani

Histoire
Origines

L'origine des Tziganes a été l'objet de tous les fantasmes. Les hypothèses qui en ont fait les descendants de Caïn cotoient celles qui les affilient à Cham. D'autres les font descendre de mages de Chaldée, de Syrie, d'une des tribus perdues d'Israël, des Égyptiens de l'époque pharaonique, ou encore d'anciennes tribus Celtes du temps des Druides. La fascination exercée par de tels mythes a encouragé ces nomades vivant souvent de leurs talents à se donner eux-mêmes les origines les plus mystérieuses.

Cependant, des études linguistiques établissent, dès le XVIIIe siècle, les origines indiennes des Tziganes, hypothèse recoupée par un récit historico-légendaire datant du milieu du Xe siècle, la Chronique persane d'Hamza d'Ispahan, qui fut reproduite et embellie au XIe siècle par le poète Firdousi.

Selon cette chronique, plusieurs milliers de Zott, Rom ou Dom (« homme ») partirent du Sind actuel, et peut-être de la rivière Sindhu vers l'an 900 selon les ordres du roi. Ils devaient rejoindre le roi de Perse, soucieux de divertir ses sujets grâce à leur culture musicale. De là, ils se divisèrent et s'éparpillèrent autour du monde. Longtemps installés en Perse, ces Roms, déjà décrits comme refusant de vivre d'agriculture, finissent par se séparer en deux groupes migratoires : les uns vers le sud-ouest et l'Égypte, les autres vers le Nord-ouest et l'Europe.

Les Rroms pourraient donc avoir quitté l'Inde autour de 1000 ap. J.-C., et avoir traversé ce qui est maintenant l'Afghanistan, l'Iran, l'Arménie, et la Turquie. Des populations Rroms reconnues par d'autres Rroms comme des Rroms vivent encore en Iran, y compris ceux qui ont migré vers l'Europe, et qui s'en sont retournés. Au XIVe siècle, les Rroms atteignent les Balkans, et au XVIe siècle, l'Écosse et la Suède. Quelques Rroms migrent vers le sud, depuis la Syrie jusqu'en Afrique du Nord, et atteignent l'Europe par le détroit de Gibraltar au XVe siècle. Les deux courants se retrouvent aujourd'hui en France. De nombreux peuples similaires aux Rroms existent encore en Inde, apparemment originaires de l'État désertique du Rajasthan.
Diaspora

La raison de la diaspora des Rroms est l'un des grand mystères de l'histoire. Il a été proposé par certains que les Rroms étaient à l'origine une basse caste de l'Hindus recrutée comme une armée de mercenaires, à laquelle il a été garanti l'état de caste guerrière, qui fut envoyée vers l'ouest pour résister à l'expansion militaire musulmane. Une autre théorie serait que c'étaient des captifs pris comme esclaves par les conquérants musulmans du nord de l'Inde, et qu'ils devinrent une communauté distincte dans leurs pays de captivité. Il est rapporté que Mahmud de Ghazni fit un demi-million de prisonniers pendant l'invasion turco-perse du Sindh et du Punjab en Inde. Pourquoi les Rroms ne sont pas revenus en Inde, au lieu de voyager vers les pays d'Europe, ceci est une énigme, mais pourrait être lié au service militaire sous les Musulmans.

La Grèce en accueille un grand nombre dès le début du XIVe siècle, sous le nom d'Atsinganos (Ατσίνγανος, qui donne Tzigane, Zigeuner, Zingari, Ciganos, etc.), en particulier en « petite Égypte », la région la plus fertile du Péloponnèse, traversée par les pèlerins occidentaux se rendant en Terre sainte. Ces derniers les appellent donc Égyptiens (Egitanos, Gitanos, Gitans, Egypsies, Gypsies). Mais les guerres incessantes entre Byzantins et Turcs les poussent sur les routes d'Europe, et au XVe siècle, on commence à les trouver partout.

En 1427, la centaine de Tziganes qui arrive aux portes de Paris fait sensation, et leurs talents d'amuseurs les rendent vite populaires. Les groupes de « Voyageurs » se présentent souvent comme des pèlerins, se donnent des titres prestigieux comme comte ou duc d'Égypte, mangent à la table de grands seigneurs ou sont nourris par les communes en échange de leurs divers talents (musiciens, mais aussi vanniers, maquignons, dresseurs etc.). Ils obtiennent des lettres de protection de monarques, comme les « Bohémiens », un groupe entré en France avec une lettre de protection du roi de Bohême, et recherchent la protection du Pape.
Famille rrom d'Izmir, Turquie.
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Famille rrom d'Izmir, Turquie.

L'immigration rrom aux États-Unis commence avec la colonisation, avec de petits groupes en Virginie et en Louisiane. L'immigration à plus grande échelle commence dans les années 1860, avec des groupes de Romanichels du Royaume-Uni. Le plus grand nombre d'immigrants viennent au début des années 1900, principalement du groupe Kalderash valaques. Les deux groupes ne s'associent pas souvent ensemble. Un grand nombre va aussi en Amérique latine.
Le XXe siècle

Au XXe siècle, les grandes vagues de migration cessèrent au moment de la Première Guerre mondiale.

C'est, paradoxalement, la première moitié du XXe siècle, époque de libéralisation dans toute l'Europe, qui fut la plus dure pour les gens du voyage. En France, une loi sur « l'exercice des professions ambulantes et la circulation des nomades » les oblige, en 1912, à se munir d'un « carnet anthropométrique d'identité » qui doit être tamponné à chaque déplacement.

En Allemagne, le Parti national-socialiste renforce, dès son arrivée au pouvoir, une législation déjà assez dure ; bien qu'Indo-européens, les Zigeuner ne sont pas considérés comme des Aryens mais, au contraire, comme un mélange de races inférieures ou, au mieux, comme des asociaux. Ils sont vite parqués dans des réserves (on envisage d'en classer une tribu comme échantillon, mais le projet est abandonné), puis envoyés en Pologne, et enfin internés dans des camps de concentration sur ordre d'Himmler, puis éliminés.
Mère gitane et son enfant, 1917
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Mère gitane et son enfant, 1917

Pendant la Seconde Guerre mondiale, entre 50 000 et 80 000 Tziganes sont morts des suites des mesures de persécutions nazies (Denis Peschanski, La France des camps, l'internement 1938-46, Gallimard, 2002, p. 379). Le nom tzigane utilisé couramment pour désigner cet holocauste est Porrajmos. Les Tziganes ont aussi participé à la résistance armée en France, en Yougoslavie, en Pologne et en URSS.

La France n'attend pas l'occupation allemande pour interner ses propres populations nomades, « par mesure de sécurité nationale ». Les décrets d'avril 1940 les obligent à se fixer dans une commune, et on parle de camps de concentration en toutes lettres dans les circulaires destinées aux préfets. L'invasion, qui jette des milliers de personnes sur les routes, brouille les cartes momentanément. Mais, dès que la situation se normalise, les internements par les autorités françaises reprennent. Les autorités allemandes se contentent de confirmer les décrets d'avril et sont même moins sévères ; selon Peschanski, 3 000 Tziganes ont été internés entre 1940 et 1946. Il n'y aura que peu de déportations vers l'Allemagne. Les derniers internés au camp de Jargeau ne le quitteront qu'en décembre 1945, alors que les déportés survivants sont rentrés d'Allemagne depuis le printemps...

Le génocide a violemment marqué les consciences et, s'il faut attendre 1969 pour qu'une loi plus libérale remplace en France la loi de 1912, cela se fait sans opposition, ceux qui sont peu favorables aux Tziganes ayant peur de se faire taxer de racisme. Pourtant, ce n'est qu'en 1988 que la France accepte de se souvenir de la politique conduite par « l'État français » à l'égard des nomades entre 1939 et 1945, et dresse une stèle commémorative sur l'un des sites d'internement.

Les dernières décennies sont marquées par une conversion massive de la communauté au protestantisme évangélique. En France, 100 000 adultes au moins rejoignent l'association cultuelle Vie et Lumière fondée en 1953 et membre de la Fédération protestante de France.
La société rrom [modifier]
Population [modifier]
Femme rrom, Andrychów (Pologne)
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Femme rrom, Andrychów (Pologne)

Des estimations laissent à penser qu'il y a approximativement 8 à 10 millions de Rroms dans le monde [2]. Entre 7 et 10 millions vivent en Europe. Les plus grandes concentrations de Rroms se trouvent dans les Balkans, en Europe Centrale, aux États-Unis, en Amérique du Sud, en Russie et dans les États successeurs de l'URSS. De plus petits nombres se trouvent dans l'ouest de l'Europe, au Moyen-Orient, et en Afrique du Nord.

Les pays où les populations Rroms dépassent le demi-million sont la Roumanie, la Hongrie, les pays de l'ancienne Yougoslavie, l'Espagne, les États-Unis, le Brésil et l'Argentine. Les Rroms sont nombreux aussi en Bulgarie, en Pologne, en République Tchèque, en Allemagne, en Turquie et en Slovaquie.

Les Rroms reconnaissent des divisions entre eux avec des notions de territorialité, de différences de culture et de dialecte. On peut grossièrement considérer cinq confédérations principales :

1. les Kalderash (forgerons qui vinrent des Balkans, puis en Europe centrale, puis aux États-Unis, et qui sont les plus nombreux),
2. les Gitans (appelés aussi Calé, principalement dans la péninsule ibérique, l'Afrique du Nord, et le sud de la France; réputés dans les spectacles de divertissement),
3. les Manouches (connus aussi comme Sinti, principalement en Alsace et d'autres régions de France et d'Allemagne; souvent donnant des spectacles ambulants et gens du cirque), et
4. les Romanichels (principalement en Grande-Bretagne et en Amérique du Nord).
5. Les Domaris dans les pays Arabes notemment l'Egypte.

Chacune de ces divisions principales a été divisée en deux ou plus sous-groupes différenciés par leur occupation ou leur origine territoriale, ou les deux. Parmi ces groupes, on trouve les Machvaya (Machwaya), les Lovari, les Churari, les Sinti, les Rudari, les Boyash, les Ludar, les Luri, les Xoraxai, les Ungaritza, les Bashaldé, les Ursari et les Romungro.

Un stéréotype existe encore aujourd'hui sur les capacités des Rroms à avoir des pouvoirs psychiques (par exemple à dire la bonne aventure), et quelques romantiques leur attribuent l'invention des tarots. Ceci doit venir de la croyance que les Rroms, du fait de leur origine prétendument égyptienne, conservent les connaissances des arts et sciences perdus de l'Égypte ancienne.

En 1971, le congrès des Rroms adopta un drapeau comme symbole du peuple Rom. Il représente une roue rouge sur un fond vert (la terre) et bleu (le ciel).
Génétique [modifier]

La distribution de leur groupe sanguin ABO est cohérente avec celle des classes guerrières du nord de l'Inde. En fait, une étude récemment publiée dans le magazine Nature suggère que les Rroms sont apparentés aux Cingalais.

Des études sur la génétique des Rroms bulgares, baltes, et valaques suggèrent que près de 50% des chromosomes Y et de l'ADN mitochondrial observés appartiennent respectivement à l'haplogroupe homme H et à l'haplogroupe femme M; tous les deux sont largement répandus en Asie du Sud et Asie Centrale. En résumé, les hommes correspondent majoritairement aux haplogroupes H (50%), I (22%) et J2 (14%), Rlb (7%) ; les femmes en H (35%), M (26%), U3 (10%), X (7%), et autres (20%). Les haplogroupes homme H et femme M sont rares dans les populations non-Rroms, le reste se trouve en Europe. Mais les haplogroupes féminins U2i et U7 sont pratiquement absents chez les femmes Rrom, mais sont présents en Asie du Sud (environ 11%-35%). Et on peut dire qu'environ la moitié du patrimoine génétique Rrom est semblable à ceux des populations européennes environnantes. Mais les hommes Rrom Sinti d'Asie Centrale sont H (20%), J2 (20%) et une fréquence élevée de R2 (50%) qui se trouve en Inde, fréquemment en Bengale occidental et parmi les Cingalais du Sri Lanka. Le marqueur M217, qui est présent chez 1,6% des hommes Rroms, se trouve aussi au Bengale occidental (Kivisild (2003) et al). Les haplogroupes L qui se trouvent chez 10% des hommes Indiens/Pakistanais du nord-ouest sont absents chez les Rroms ? (Gresham et son équipe ne semblent pas tester l'haplogroupe L), aussi originaires du Bengale occidental et chez les Sinti de l'Asie centrale. (Kivisild (2003) et al). D'après la base de données Yhrd, on voit que quelques populations rroms (en Europe) ont de grands pourcentages d'halogroupe male R1A1. Yhrd donne aussi peu de correspondance avec la population indo-pakistanaise, mais il y a un grand nombre de correspondance sur l'haplogroupe H chez les indo-paskistanais de Londres, un groupe qui a émigré du Bengale et de l'Inde du sud.

(Source: Origins and Divergence of the Roma (Gypsies), David Gresham, Bharti Morar, Peter A. Underhill, et al, Am J Hum (2001) ; The Eurasian Heartland : A continental perspective on Y-chromosome diversity, Wells et al.) Voir aussi migration indo-aryenne
Jeunes gitans(½uvre de William Bouguereau - XIXe siècle)
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Jeunes gitans
(½uvre de William Bouguereau - XIXe siècle)

Les recherches en génétique de Kalaydjieva ont montré que le groupe original est apparu en Inde il y a quelques 32-40 générations, et qu'il était petit, pas plus de 1 000 individus.
Méfiance et persécutions [modifier]

Du fait de leur style de vie nomade et de leur réticence à être intégrés, il y a toujours eu une grande méfiance mutuelle entre les Rroms et leurs voisins immédiats. On les disait (et dit) traditionnellement vagabonds, voleurs, incapables d'un travail sédentaire, et ils furent (sont) l'objet de constante persécution. Cette croyance a fait que, en anglais, on emploie le mot gyp pour dire truquer. Le nom en allemand des Rroms, Zigeuner est facilement confondu comme ayant une fausse étymologie de Ziehende Gauner (voleurs voyageurs). Les Rroms acceptent parfois parmi eux des marginaux.

C'est à partir du XVe siècle que l'état de grâce entre les tribus nomades et les populations se renverse : les villes leur ferment les portes, lassées de les entretenir. Des conflits éclatent dans les villages, les campagnes leur sont hostiles à cause de leur tendance à vivre des ressources locales, au lieu de se plier aux travaux des champs. Leur étrangeté fait peur, et on les accuse de tous les maux : maraude, vol de poules, de chevaux, et même d'enfants.

Ils deviennent indésirables et tombent, dès la fin du XVe siècle, sous le coup de décrets qui vont de l'expulsion pure et simple à l'exigence de sédentarisation : ce ne sont pas les Tziganes qui sont visés, mais les nomades. Les récalcitrants sont emprisonnés, mutilés, envoyés aux galères ou dans les colonies, et même exécutés. La récurrence de ces mesures montre leur manque d'efficacité, sauf aux Pays-Bas, qui parviennent à tous les expulser au milieu du XIXe siècle.

Des seigneurs continuent à accueillir et protéger des tribus sur leur terres, contre la volonté du pouvoir central, puisque leurs talents de musiciens et de danseurs sont très prisés. Ils sont tenus en esclavage en Roumanie, du XVe siècle au XIXe siècle, pour les empêcher de priver les puissants du divertissement de leur compagnie. Vers la fin du XVIIIe siècle et tout au long du XIXe siècle, l'Europe éclairée alterne coercition et recherche de solutions « humaines » pour les sédentariser, d'autant que les Bohémiens retrouvent avec la Révolution et le mouvement romantique une image plus positive empreinte de liberté. En Hongrie, on leur donne des terres et des bêtes, qu'ils revendent aussitôt à leurs voisins pour reprendre la route. L'échec de la plupart de ces politiques n'est pourtant pas une règle absolue, et une partie de la population nomade se sédentarise.

Au Siècle des Lumières, l'Espagne a essayé brièvement d'éliminer le statut de marginal des Rroms en tentant d'interdire l'emploi du mot gitano, et d'assimiler les Rroms dans la population en les forçant à abandonner leur langue et leur style de vie. Cet effort fut vain.

La persécution des Rroms atteint son apogée pendant la Seconde Guerre mondiale, lorsque l'Allemagne nazie extermine un grand nombre de Rroms. Comme les Juifs, les Rroms sont condamnés à la destruction, sont forcés à travailler, sont emprisonnés dans des camps de concentration, ou simplement sont tués à vue. On pense que 400 000 Rroms furent assassinés. Voir Porajmos
Une affiche de Valachie de 1852 annonçant une vente aux enchères d'esclaves rroms
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Une affiche de Valachie de 1852 annonçant une vente aux enchères d'esclaves rroms

Beaucoup de Rroms continuent à vivre selon leur mode de vie nomade, en voyageant en roulottes ou en caravanes, mais souvent en Europe orientale, ils vivent en communautés marginales au taux de chômage élevé. Quelquefois (par exemple chez les Kalderash de Roumanie, qui travaillent traditionnellement le cuivre), ils ont prospéré.

À ce jour, il y a toujours des heurts entre les Rroms et la population sédentaire environnante. On se plaint que les Rroms volent et vivent en marge de la société, et les autochtones rejettent souvent leurs campements. Au Royaume-Uni, les travellers (voyageurs, en référence à la fois aux Irish Travellers et aux Rroms) sont devenus en 2005 un enjeu électoral, quand le chef du Parti conservateur promit de réviser l'Acte des droits de l'Homme de 1998. Cette loi, qui englobe la Convention européenne sur les droits de l'Homme dans la législation du Royaume-Uni, est considérée par beaucoup comme permettant de garantir le droit rétrospectif de planification. Les pressions importantes de la population avaient conduit les travellers à acheter des terres, et à s'établir en contournant ainsi les restrictions de planification imposées sur les autres membres locaux de la communauté.
Situation dans les pays de l'Est [modifier]
La Bohémienne(½uvre de William Bouguereau - XIXe siècle)
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La Bohémienne
(½uvre de William Bouguereau - XIXe siècle)

Beaucoup de pays qui faisaient partie du bloc communiste et de l'ancienne Yougoslavie ont de nombreuses populations de Rroms. Le niveau d'intégration des Rroms dans la société reste limité. Dans ces pays, ils restent en général en marge de la société, et vivent dans des sortes de ghettos isolés (voir Chánov). Seule une petite fraction des enfants rroms sortent diplômés des écoles, bien que le régime communiste ait obligé tous les enfants à aller à l'école, et leur ait fourni gratuitement le matériel de base (livres et uniforme obligatoire pour tous, et pas seulement pour les Rroms). En général, ils se sentent rejetés par l'État et par le reste de la population, ce qui crée un autre obstacle à leur intégration.

Selon The Guardian (8 janvier 2003) : "En République tchèque, 75% des enfants rroms suivent des cours dans des écoles pour enfants en difficulté, et le taux de chômage est de 70% (en comparaison avec le taux de chômage national de 9%). En Hongrie, 44% des enfants rroms se trouvent dans des écoles spéciales, et le taux de chômage est de 74% pour les hommes et de 83% pour les femmes rroms. En Slovaquie, les enfants rroms sont 28 fois plus envoyés dans des écoles spéciales que les non-rroms; le taux de chômage chez les Rroms atteint 80%." [3]

Dans certains pays, leur dépendance vis-à-vis des systèmes de sécurité sociale font partie du problème. Pour quelques familles rroms, il vaut mieux vivre avec les allocations plutôt qu'avoir un salaire dérisoire. Alors viennent les problèmes de colère contre les Rroms, des conditions facilitant les délits, et l'extrème sensibilité aux changements de sécurité sociale. Un bon exemple de cette dernière est la Slovaquie, où la réduction des allocations (qui ne sont dues qu'à partir du troisième enfant) ont conduit à des désordres civils dans quelques villages rroms.

Dans la plupart des pays à l'intérieur ou voisins de l'Union européenne, les Rroms peuvent trouver la chance de vivre des vies acceptables. Quelques familles rroms s'intègrent mieux dans les sociétés plus grandes, en évitant d'avoir trop d'enfants, et ne dépendent pas des aides sociales. Mais ceux qui sont les plus visibles sont ceux qui, pour des raisons diverses, y compris le traditionnel évitement de la "pollution" par contact rapproché avec des non-Rroms, vivent dans des bidonvilles et mendient dans les rues, en perpétuant la mauvaise image des Rroms partout. Les autorités locales ont tendance à essayer de les aider en améliorant les infrastructures de leurs campements et en soutenant les familles un peu plus, mais ces aides sont souvent superficielles et insuffisantes.

En juin 2004, Lívia Járóka devint le seul membre rrom du parlement européen (il avait été précédé d'un seul auparavant), élu sur la liste de droite du Parti hongrois Fidesz, et suivit l'accession du pays à l'Union européenne. Le premier représentant rrom était Juan de Dios Ramirez-Heredia, d'Espagne.

Beaucoup de Rroms ont abandonné leur vie nomade depuis longtemps, et une représentation fidèle de la vie des Rroms des Balkans est donnée dans les films du réalisateur bosniaque Emir Kusturica.

Comme les autres groupes ethniques, les Rroms font face à la rigidité des systèmes économiques et sociaux en Europe, qui les empêchent de s'intégrer. La Grande-Bretagne, qui est vue comme l'une des économies les plus libres sur le marché, a reçu beaucoup de Rroms d'Europe de l'Est, probablement pour cette raison.

Sept États de l'ancien bloc communiste ont lancé l'initiative Décennie de l'intégration des Rroms en 2005, pour améliorer les conditions socio-économiques et le statut de la minorité rrom.
Traditions

Les Rroms traditionnels font de la famille étendue une valeur de la plus haute importance. La virginité est essentielle chez les femmes non mariées. Les hommes et les femmes se marient jeunes. il y a eu des controverses dans plusieurs pays au sujet de mariages entre enfants en dessous de l'âge de consentement ; En 2003, l'un des nombreux "rois" pittoresques d'une tribu rrom, Ilie Tortică, a banni ses sujets qui donnaient leurs enfants en mariage trop tôt. Certains virent cette décision comme allant à l'encontre des pratiques traditionnelles rroms. Un patriache rrom rival, Florin Cioabă, mit les autorités roumaines mal à l'aise fin 2003, lorsqu'il décida de marier sa plus jeune fille, à 12 ans [4].

La loi rrom établit que la famille du mari doit payer la dot aux parents de la future. Le comportement social des Rroms est réglé de manière stricte par la loi sur la pureté (marime), encore respectée par la plupart des Rroms (sauf musulmans) et parmi les groupes Sinti par les générations plus âgées. Cette règle affecte beaucoup d'aspects de la vie courante, et est appliquée aux actions, aux individus et aux choses. Les parties du corps humains qui sont considérées comme impures sont par exemple : les organes génitaux, parce qu'ils produisent des émissions impures, et le bas du corps. Les ongles des mains et des pieds doivent être limés, parce que les couper est impur. Les vêtements du bas du corps, et les vêtements des femmes qui ont leurs règles sont lavés séparément. Les ustensiles de table sont aussi lavés dans un endroit à part. L'accouchement est considéré comme impur, et doit être accompli à l'extérieur de la résidence ; la mère est considérée aussi comme impure pendant 40 jours. La mort est impure, de la même façon que toute la famille du défunt pendant une certaine période. La personne décédée doit être enterrée, et non pas brûlée pour entrer au Paradis.
Spiritualité
Religion
Le trident de Shiva
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Le trident de Shiva

On a suggéré que, lorqu'ils étaient encore en Inde, les Rroms étaient hindouistes, le mot rromani pour "croix", trushul, est le mot qui désigne le trident de Shiva.

Les rroms ont adopté la religion dominante du pays où ils se trouvaient, en gardant souvent leur système spécial de croyances. La plupart des Rroms sont catholiques, orthodoxes ou musulmans. Ceux qui se trouvent en Europe de l'Ouest ou aux États-Unis sont soit catholiques, soit protestants. En Amérique latine, beaucoup ont gardé leur religion européenne, la plupart sont orthodoxes. En Turquie, en Égypte et dans le sud des Balkans, ils sont souvent musulmans. La religion rrom a développé un sens aigu de la moralité, des interdits, et du surnaturel, bien que ce dernier soit souvent dénigré par les religions organisées.

Après la Seconde Guerre mondiale, un nombre de plus en plus nombreux de Rroms rejoignent des mouvements évangéliques, et pour la première fois, des Rroms s'engagent comme chefs religieux, en créant leurs propres églises et organisations missionnaires. Dans certains pays, la majorité des Rroms appartiennent maintenant à des Églises rroms. Ce changement imprévu à contribué grandement à l'amélioration de leur image dans la société. Le travail qu'ils font est perçu comme plus légitime, et ils ont commencé à obtenir des permis légaux pour exercer leurs activités commerciales.

Des églises rroms évangéliques existent aujourd'hui dans chaque pays où les Rroms se sont installés. Le mouvement est particulièrement fort en France et en Espagne (dans ce dernier pays, il y a plus d'un millier d'églises rroms, appelées "Filadelfia", dont déjà une centaine à Madrid). En Allemagne, le groupe le plus nombreux est celui des Rroms polonais, qui ont leur église principale à Mannheim. D'autres assemblées importantes et nombreuses existent à Los Angeles, Houston, Buenos Aires et Mexico. Quelques groupes de Roumanie et du Chili ont rejoint l'Église adventiste du septième jour.

Dans les Balkans, les Rroms de Macédoine et du Kosovo ont été particulièrement actifs dans les fraternités mystiques soufies. Les immigrants rroms musulmans vers l'Europe de l'Ouest et vers les États-Unis ont apporté ces traditions avec eux.
Croyances et connotations prophétiques

Même lorsque les Tziganes rejoignent au fil des siècles telle ou telle religion, ils n'oublient par leurs origines. Celles-ci remontent très loin dans le passé et la mythologie (voir ci-dessous), et ce qui est parfois devenu ailleurs folklore ou superstition demeure souvent chez eux une croyance véritable. La principale, fréquente chez les peuples ayant souffert de rejets et de déportations, est l'espérance d'être un jour tous réunis. Cette espérance prend, dans les croyances, un tour prophétique : au rassemblement ultime sur un lieu d'origine mythique est associé la fin du monde actuel, d'où doit ressortir un monde meilleur.
Culture Rrom
Fêtes

* Pèlerinage vers les Saintes-Maries-de-la-Mer en Camargue.
* Rassemblements de l'association Vie et Lumière, à Damblain et en Haute-Saône

Musique
Article détaillé : Musique tzigane.
Cinématographie

* La plupart des films d'Emir Kusturica, dont Le Temps des Gitans et Chat noir, chat blanc.
* Latcho Drom, Gadjo Dilo et Vengo de Tony Gatlif forment un parcours musical à travers l'Europe des Rroms.
* La "trilogie flamenca" de Carlos Saura, qui comporte les films Noces de sang, Carmen et L'amour sorcier.
* Montoyas y Tarantos de Vicente Escrivá.
* Luna Papa, de Bakhtyar Khudojnazarov

Littérature
Auteurs rroms

La plupart des Rroms ne sachant ni lire ni écrire, il n'y a que très peu d'auteurs célèbres, parmi lesquels :

* Rajko Djuric [Đurić] (1947-) :
o Sans maisons, sans tombe - Bi kheresqo bi limoresqo (recueil de poèmes), Paris, L'Harmattan, s.d.
o Les rêves de Jésus Christ, Montpellier, N&B, 1996
o Malheur à qui survivra au récit de notre mort, Buzet-sur-Tarn, N&B, 2003
* Mateo Maximoff (1917-1999) :
o La septième fille, Romainville, l'auteur, 1982
o La poupée de Maméliga, Romainville, l'auteur, 1986)
o Les Ursitory, Romainville, l'auteur, 1988
o Le prix de la liberté, Port-de-Bouc, Wallada, 1996
* Jan Yoors(1922-1977)
o Tsiganes sur la route avec les Rom Lovara, Éd. Phébus libretto

Représentations fictionnelles des Rroms

Certaines fictions célèbres ont contribué à modeler la représentation du monde rrom dans l'imaginaire collectif, comme Notre-Dame de Paris de Victor Hugo et Carmen de Georges Bizet.

Voici quelques autres fictions notables :

* La gitane de Miguel de Cervantes.
* Noces de sang de Federico García Lorca.
* La lyre d'Orphée de Robertson Davies, dont les personnages principaux perpétuent dans le Canada d'aujourd'hui les traditions gitanes, comme le soin et la réparation des instruments de musique.
* Mulengro, roman de l'auteur canadien de fiction contemporaine Charles de Lint, présente un portrait du Rrom et de ses mythes culturels.
* The Experiment, roman de Stephen (Barbara) Kyle a pour sujet une Rrom américaine qui est la s½ur d'une victime de l'expérimentation nazie.
* Fires in the Dark de Louise Doughty est un ouvrage de fiction sur une expérience rrom dans l'Europe Centrale pendant la Seconde Guerre mondiale.

Spectacle

Les Tziganes sont connus pour être d'excellents musiciens et danseurs. En Espagne, ils ont influencé le flamenco et ils sont devenus les protagonistes de ce genre. Dans la plupart des pays d'Europe centrale et orientale (Roumanie, Bulgarie, Serbie, Macédoine, Hongrie, République Tchèque, Slovaquie...), les musiciens tziganes ont été très recherchés pour les mariages, funérailles, etc. En Roumanie on les appelle « lăutari », en République tchèque et Slovaquie « lavutari ». En France, leurs talents d'amuseurs publics et de dresseurs de chevaux ont généré les familles du cirque célèbres comme les Bouglione ou les Zavatta.
Groupes avec des styles de vie similaires

En Europe, où le style de vie sédentaire a longtemps été la norme, d'autres peuples nomades non-indo-iranien (non originaires de l'Inde), ont aussi appelés Gitans ou Tziganes par commodité. En Allemagne, en Suisse, en France et en Autriche, il existe aussi un groupe de tziganes blancs, appelés aussi Jenische (en allemand), Yéniche (en français), et Yenish ou Yeniche (en anglais). Leur langue semble être identique gramaticalement aux autres dialectes suisses alémaniques, l'origine du lexique en revanche l'allemand, le rromani, le yiddish et d'autres mots. Voir : Jenische (de)

En Norvège (et à un moindre degré en Suède et au Danemark) il existe un groupe qui se nomme lui-même Tatere; ils sont souvent confondus avec les Rroms. Les Tater étaient souvent employés à construire des routes et des chemins de fer en Norvège, en Suède et au Danemark, et c'est pourquoi on les confond avec les Rroms. Leur nom vient d'une croyance selon laquelle ils seraient originaires du peuple nomade tatar. Le rocker norvégien Åge Aleksandersen est un Tater.

Il y a en Irlande, au Royaume-Uni et aux États-Unis un groupe appelé Irish Gypsies (Gitans irlandais) ou Irish Travellers (Voyageurs irlandais). En Écosse, on les appelle "tinkers", de l'irlandais "tinceard", qui veut dire "ferblantier" ; ce terme est devenu péjoratif, et le mot Irish Travellers est actuellement préféré. Ils ne sont pas reliés génétiquement aux Rroms, mais leur culture nomade a été influencée par ceux-ci. Leur langue, le shelta, est basée principalement sur un lexique gaélique et une grammaire basée sur l'anglais, avec des influences rromani.

Les quinqui ou mercheros d'Espagne sont un groupe minoritaire, auparavant nomade, qui partage le style de vie des Rroms espagnols. Leur origine est incertaine, peut-être étaient-ils des paysans sans terre au XVIe siècle. Les quinqui sont souvent restés à part des Rroms, même s'ils partageaient les mêmes persécutions.
Références bibliographiques
En français

* Xavier Rothéa, France, pays des droits des Roms ? Gitans, “Bohémiens”, “gens du voyage”, Tsiganes... face aux pouvoirs publics depuis le 19e siècle, Carobella ex-natura, 2003 [5]
* Claire Auzias, Les Funambules de l'Histoire. Les Tziganes entre préhistoire et modernité, Éditions La digitale, 2002
* J. Sigot, Un camp pour les Tsiganes... et les autres. Montreuil-Bellay 1940-1945, Éditions Wallada, Bordeaux, 1983 (édition revue et enrichie publiée en 1994, sous le titre Ces barbelés oubliés par l'histoire. Un camp pour les Tsiganes... et les autres. Montreuil-Bellay 1940-1945)

En anglais

* ?, Gypsies, The World's Outsiders, National Geographic, avril 2001, p. 72-101
* Quentin D. Atkinson et Russel D. Gray, Language-tree divergence times support the Anatolian theory of Indo-European origin, dans Nature, no 426 (27 novembre 2003), p. 435-439 ([6] [pdf])
* Michael Genner, Spartakus, Munich: Trikont, 1979-80, 2 vol.
* Alaina Lemon, Between Two Fires: Gypsy Performance and Romani Memory from Pushkin to Post-Socialism., Durham NC: Duke University Press, 2000 (ISBN 0-8223-2456-3)
* David Gresham, Bharti Morar, Peter A. Underhill, Giuseppe Passarino, Alice A. Lin, Cheryl Wise, Dora Angelicheva, Francesc Calafell, Peter J. Oefner, Peidong Shen, Ivailo Tournev, Rosario de Pablo, Vaidutis Kucˆinskas, Anna Perez-Lezaun, Elena Marushiakova, Vesselin Popov, Luba Kalaydjieva, Origins and Divergence of the Roma (Gypsies), dans American Journal of Human Genetics, no 69 (2001), p. 1314-1331 ([7] [pdf])
* Luba Kalaydjieva, Francesc Calafell, Mark A. Jobling, Dora Angelicheva, Peter de Knijff, Zoe H. Rosser, Matthew E. Hurles, Peter Underhill, Ivailo Tournev, Elena Marushiakova, Vesselin Popov, Patterns of inter- and intra-group genetic diversity in the Vlax Roma as revealed by Y chromosome and mitochondrial DNA lineages, dans European Journal of Human Genetics, no 9 (2001), p. 97-104 ([8] [pdf])
* Elena Marushiakova, Vesselin Popov "Gypsies in the Ottoman Empire." Hatfield: University of Hertfordshire Press, 2001.
* Viorel Achim, The Roma in Romanian History, Central European University Press, Budapest, 2004 (ISBN 9639241849)
* Bart McDowell, Gypsies, Wanderers of the World, National Geographic Society, 1970 (ISBN 0870440888)
* Dena Ringold, Roma & the Transition in Central & Eastern Europe : Trends & Challenges, World Bank Publications, Washington DC, 2000, pages 3,5 et 7
* Samuel Roberts, The Gypsies: Their Origin, Continuance, and Destination, Longman, 4e éd., London, 1842
* Hermine De Soto, Roma and Egyptians in Albania : From Social Exclusion to Social Inclusion, World Bank Publications, Washington DC, 2005

Voir aussi
Liens internes

* Liste de personnalités rroms
* Irish Travellers
* Tsiganes de Bucovine
* rromani
* Yéniches
* Sainte Sarah
* Gens du voyage
* Tsiganophobie

Liens externes


* Forum Tziganes du Monde
* Information, recherche et mémoire des Voyageurs, Rroms, Gitans, Tsiganes, Gens du voyage, Bohémiens
* Tsiganes, manouches gitans
* Un site sur les Rroms
* Rroms en ligne
* Patrin : culture et histoire rrom
* Patrin: Timeline of Romani history (en anglais)
* O Vurdón un site "dédié aux Rrom, le peuple gitan"
* Les Lulid' Uzbekistan (Rroms d'Asie Centrale)
* Museum of Romani Culture Musée situé à Brno, République tchèque, dédié à l'histoire et à la culture des Rroms.
* Studii Romani
* Le réseau de nouvelles rroms
* Organisations rroms
* Forum Libre.com L'air sur l'Europe centrale et leurs peuples
* Forum Le Vurdon d'Isha sur la culture, les traditions et l'histoire rroms
* Les Tsiganes, entre ostracisme et pauvreté
* Tsiganes et Voyageurs, identité, rapport au voyage, économie, éducation et rapport à l'école dans le contexte de la société contemporaine, par Alain Reyniers
* Centre de médiation des Gens du voyage en Wallonie
* Groupe des Voyageurs - du Collège Jean-Moulin, Saint-Paul-lès-Dax (source pour quelques dénominations employées)
* Résolution du Parlement européen sur la situation des Roms dans l'Union européenne - 28 avril 2005
* Rapport final sur la situation en matière de droits de l'homme des Roms, Sintis et Gens du voyage en Europe par le Commissaire aux Droits de l'Homme (Conseil de l'Europe) - 15/02/2006
* Forum européen des Roms et des Gens du voyage
* Pages de l'association culturelle "Amalipe Romano" pour la défense des droites et la promotion de la culture romanì (en italien)
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# Posté le jeudi 31 août 2006 07:03

histoire de kurdes

histoire de kurdes
Kurdes
Les Kurdes sont un peuple d'origine indo-européenne descendant, notamment, des Mèdes, comptant (ce qui est une évaluation) entre 30 et 32 millions de personnes, vivant surtout en Turquie (entre 13 et 15 millions), en Iran (environ 4.8 millions), en Irak (environ 6 millions) et en Syrie (environ 2 millions), dans ce qui est appelé le Kurdistan. Il existe également des communautées kurdes en Azerbaïdjan (Kalbajar et Lachin, au Haut-Karabagh), au Liban et au Koweït. C'est le plus grand groupe ethnique sans État du monde.

Depuis un siècle, les Kurdes luttent pour pouvoir s'auto-déterminer, avoir leur propre patrie, le Kurdistan. Tous les États qui abritent une communauté non-négligeable de Kurdes s'opposent activement à la création d'un État kurde, craignant de devoir abandonner une partie de leur territoire national.

Une immigration récente a entrainée l'apparition d'une diaspora kurde qui est presente dans tous les pays de l'Europe occidentale, aux États-Unis, en Australie, et dans une moindre mesure au Japon. L'ancienne communauté qui était près de Kaboul quitta le pays pendant la guerre d'Afghanistan à la fin des années 1970. Traditionnellement les Kurdes sont des gardiens de troupeaux nomades, mais ils sont désormais plus sédentaires.

Les Kurdes parlent des dialectes proches les uns des autres, tous issus du kurde, langue indo-européenne de la branche iranienne. La majorité des Kurdes est sunnite, mais il existe d'autres communautés, alévie, yézidie, et dans une plus faible proportion, chiite et chrétienne, en Irak et en Iran.
Histoire Antiquité

La première apparition d'une culture distincte et unie et d'un peuple vivant dans les montagnes du Kurdistan date de la culture Halaf, dans la première moitié du VIe millénaire av. J.-C. (6000-5400 av. J.-C.). Elle est suivie par la culture hourrite, de 2300 à 1300 av. J.-C. environ. Parlant une langue agglutinante, ils dominent un territoire s'étendant largement au-delà du Zagros et du Taurus. Ils subsistent à travers le nom du district de Hawraman/Auraman, au Kurdistan.

Un peuple appelé les Lullubis habitait dans la plaine de Sharazor (Kurdistan irakien) et a combattu les Akkadiens vers 2300-2200 av. J.-C. Actuellement, un clan kurde s'appelle les Lullu, et pourrait être le descendant de ces antiques Lullubis.

De nombreuses sources historiques se réfèrent aux ancêtres des Kurdes modernes. Xénophon, dans son Anabase, les nomme Khardukhi, et les décrit comme « peuple féroce et défendant ses montagnes natales », qui attaque les armées grecques vers 400 av. J.-C. La région actuelle du Kurdistan, les montagnes autour du lac de Van, entre la Perse et la Mésopotamie d'alors, est nommée Carduchi, Cardyene ou Cordyene.

Les Kurdes modernes sont les descendants de nombreux envahisseurs et migrants qui se sont établis dans la région, Hourrites, Lullubi, Kurtis, Gutis, Mèdes, Mardes, Carduchis, Mitanni, Kassites. Le Kurdistan a aussi été envahi ou gourverné par les Assyriens, les Akkadiens, les Grecs et les Macédoniens, les Romains, les Byzantins, les Arabes, les Mongols et les Turcs, sans compter la brève colonisation française et surtout britannique. Tous ces passages ont laissé des traces, depuis 4000 ans, dans la culture kurde. Il est donc certain que les Kurdes sont une addition de peuples indigènes ayant vécu dans les monts Zagros, de tribus aryennes, et de tous ces autres envahisseurs.

Le royaume kurde de Corduenne devient une province romaine en 66 av. J.-C. et reste dans l'Empire jusqu'en 384. Elle recouvrait la région à l'est et au sud de la ville de Diyarbakir.

Conquête arabe

Époque contemporaine

L'émir Bedir Khan fonde un royaume qui s'étend pendant deux brèves années entre 1844 et 1846 de la Perse jusqu'au Tigre.

En 1946 les Kurdes d'Iran proclament à Mahabad la république de Mahabad, avec Mustapha Barzani, le chef rebelle kurde d'Irak qui obtint en 1970 de Saddam Hussein un pacte de reconnaissance des «droits nationaux et culturels» de son peuple et des États-Unis d'Amérique en 1972 une aide financière considérable.

En 1984, Contre-Guérilla, le stay-behind turc, massacre de milliers de kurdes.

À la suite de la Guerre du Golfe de 1990 les Kurdes ont pu établir une zone autonome au nord de l'Irak et leur action comme supplétifs des USA apporte des avantages. D'autre part la candidature de la Turquie à l'Union européenne la contraint à masquer et adapter la répression.

Kurdes célèbres

* Le sultan Saladin
* Leyla Zana

Voir aussi

* langue kurde
* Kurdistan
* Institut kurde de Paris

Gouvernements et États kurdes contemporains

* Kurdistan irakien
* République de Mahabad (1946)
* République d'Ararat (1927-1931)
* Royaume du Kurdistan

Organisations kurdes

* Komalah (dans le nord-ouest de l'Iran)
* Parti démocratique du Kurdistan iranien (idem)
* PJAK (idem)
* Parti des travailleurs kurdes (PKK), également connu sous les noms de Congrès pour la liberté et la démocratie au Kurdistan (KADEK) et Congrès du peuple du Kurdistan (Kongra-Gel)

Lien externe

* Institut kurde de Paris
* Kurdish
* Paris Centre Culturel Kurde Ahmet Kaya
* Kurdishinfo.com
* Haydar News - Des recherches sur la culture kurde

* Les Kurdes, destin héroïque, destin tragique par Bernard Dorin (ISBN : 2915752028)
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# Posté le jeudi 31 août 2006 07:22